Je, Françoys Villon, escollier
(1431-1463)

Extrait d'une oeuvre de Brueghel l'ancien intitulée «Âne à l'école».
«Hé! Dieu, se j'eusse estudié,
Ou temps de ma jeunesse folle,
Et a bonnes meurs dedié,
J'eusse maison et couche molle,
Mais quoi? Je fuyoie l'escolle,
Comme fait le mauvais enfant.
En escripvant cette parolle,
A peu que le cuer ne me fent.»
François Villon, Le Testament.
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Appréciations


«Je veux que les poèmes de François Villon, de Charles Baudelaire, d'Edgar Poe ou de Gérard de Nerval deviennent vrais et que la vie sorte des livres». Antonin Artaud, Lettre de Rodez, 6 octobre 1945.


«On n'a pas le droit d'écrire comme cela un poème qui est hors du coeur, hors de l'affre et du sanglot coeur, un poème qui n'a pas été souffert comme:
Dites moi où, dans quel pays
Est Flora la belle Romaine
La royne Blanche comme un lys
Qui chantait à voix de sirène.»
Antonin Artaud, Lettre de Rodez, 20 septembre 1945.

«Sire, ce serait vraiment méfait de pendre ces gentils clercs: ces poètes-là, voyez-vous, ne sont pas d'ici-bas: laissez-les vivre leur vie étrange; laissez-les avoir froid et faim, laissez-les courir, aimer et chanter: ils sont aussi riches que Jacques Coeur, tous ces fols enfants, car ils ont des rimes plein l'âme». Arthur Rimbaud, Charles d'Orléans à Louis XI, 1870.

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Citations de François Villon
en vieil langage françoys


«Cuidiez-vous que sous mon capel
N'y eut tant de philosophie?»
Ballade de l'appel


Sur les prophètes:
«Oncques grand chaud n'eurent aux fesses»
Le Testament


Épitaphe de Villon en forme de ballade:
«Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas bons sens rassis»
Ballade des pendus


Proverbes villoniens
«Rien ne m'est sûr que la chose incertaine»
Ballade du concours de Blois.

«Bourde, verté, au jour d'hui m'est tout un»
Ballade du concours de Blois

«Tant parle on qu'on se contredit»
Ballade des proverbes


Mystique
«Choses, que vous naissiez du sang ou de la forge,
Nature, - je me perds au flux d'un élément:
Celui qui couve en moi, le même vous soulève»


Sur Louis XI
«Loué soit-il, et Nostre Dame,
Et Loys, le bon roy de France!

Auquel doint Dieu l'eur de Jacob
Et de Salmon l'onneur et gloire
(Quant de proesse, il en a trop,
De force aussi, par m'ame! voire!),
En ce monde cy transsitoire,
Tant qu'il a de long et de lè,
Affin que de luy soit memoire,
Vivre autant que Mathusalé!

Et douze beaux enfants, tous masles,
Voire de son chier sang royal,
Aussi preux que fut le grant Charles,
Conceus en ventre nupcial,
Bons comme fut sainct Marcial!
Ainsi en preigne au feu Dauphin!
Je ne luy souhaitte autre mal,
Et puis Paradis en la fin.
[...]
Escript l'ay l'an soixante et ung,
Que le bon roy me delivra
De la dure prison de Mehun,
Et que vie me recouvra,
Dont suis, tant que mon cuer vivra,
Tenu vers luy m'humilier,
Ce que feray tant qu'il mourra:
Bienfait ne se doit oublier.»
Le Testament.

Conformément à la tradition, on libérait les prisonniers lorsque le nouveau roi visitait une ville. Ce fut le cas de Louis XI (l'ex-Dauphin), qui passa à Meung-sur-Loire en 1461. En fut libéré celui que Rabelais appellera «Maître François» et qui bien s'en trouva. Involontaire, cette bonne action de l'universelle aragne n'est qu'un signe de la complexité de l'homme d'État machiavélique.

Sur la mort
«Je congnois que povres et riches,
Sages et folz, prestres et laiz,
Nobles, villains, larges et chiches,
Petiz et grans, et beaulx et laiz,
Dames a rebrassez colletz,
De quelconque condicion,
Portans atours et bourreletz,
Mort saist sans excepcion.

Et meure Paris ou Helaine,
Quiconques meurt, meurt a douleur
Telle qu'il pert vent et alaine;
Son fiel se creve sur son cuer,
Puis sue, Dieu scet quelle sueur!
Et n'est qui de ses maux l'alege:
Car enfant n'a, frere ne seur,
Qui lors voulsist estre son plege,

La mort le fait fremir, pallir,
Le nez courber, les vaines tendre,
Le col enfler, la chair mollir,
Joinctes et nerfs croistre et estendre.
Corps femenin, qui tant es tendre,
Poly, souef, si precieux,
Te fauldra il ces maux attendre?
Oy, ou tout vif aller es cieulx.»
Le Testament.


Sur lui-même
Je congnois tout, fors que moy mesmes.
Ballade des menus propos.

Ne du tout fol, ne du tout sage,
Non obstant maintes peines eues
Le Testament

Voulez-vous que verté vous die?
Il n'est jouer qu'en maladie,
Lettre grave que tragedie,
Lasche homme que chevalereux,
Orrible son que melodie,
Ne bien conseillé qu'amoureux.
Ballade des contre-vérités

Je suis Françoys, dont il me poise,
Né de Paris emprès Pontoise,
Et de la corde d'une toise
Sçaura mon col que mon cul poise.
Le quatrin que feist Villon quand il fut jugé à mourir

Toute beste garde sa pel;
Qui la contraint, efforce ou lie,
S'elle peult, elle se deslie.
[...]
Cuidiez-vous que soubz mon cappel
N'y eust tant de philosophie
Comme de dire: «J'en appel»?
[...]
Quant on me dist, present notaire:
«Pendu serez!» je vous affie,
Estoit-il lors temps de moy taire?
Ballade de l'appel.


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SON OEUVRE ET DES LIENS

Ung povre petit escollier
Qui fut nommé Françoys Villon.
Épitaphe.



 François Villon
Du Japon: son oeuvre en français (médiéval) par Sasaki Toshimitsu.

 Ensemble de liens recueillis par Robert D. Peckham
University of Tennessee-Martin

 Son oeuvre dans La Pleïade
in Poètes et romanciers du Moyen-Âge, édition établie et annotée par Albert Pauphilet.

Le Testament en Hongrois
À partir d'une édition de Budapest de 1935.

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modifié le 22 juin 1999


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