STENDHAL
(Henri Beyle, dit Stendhal, 1783-1842)

Le mot bourgeois lui faisait horreur.
«Un des hommes les plus remarquables de ce temps»
Balzac.
 
Il n'admira qu'un homme: Napoléon, et brossa un tableau des ambitions
et des passions de la société du début du 19e siècle, ou, comme il dit,
des "hommes dans leurs bassesses", à grands coups de plume
à l'instar des grands coups de sabre, par quoi on
taille son chemin dans une mêlée.

Contexte / Biographie / Oeuvre / Amour / Napoléon

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Le contexte

«En 1760 il fallait de la grâce, de l'esprit et pas beaucoup d'humeur, ni pas beaucoup d'honneur, comme

disait le régent, pour gagner la faveur du maître et de la maîtresse. Il faut de l'économie, du
travail opiniâtre, de la solidité et l'absence de toute illusion dans une tête, pour tirer
parti de la machine à vapeur. Telle est la différence entre le siècle qui
finit en 1789 et celui qui commença vers 1815.»
Le tournant du siècle, vu par
Stendhal, dans Armance


Ne faut-il pas comprendre que les périodes révolutionnaire et impériale, dont

la dernière fut vécue si intensément par Stendhal, furent les périodes
des illusions dans la tête, à savoir des idéaux?
Comme on l'a écrit, ce fils des Lumières
fut aussi un critique acéré
de la modernité.


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Sa biographie... par lui-même
(extraits de sa nécrographie rédigée par lui-même, par fantaisie,
en 1837, alors qu'il dût laisser en blanc le lieu et la date de sa mort)

.

Il fut à Marengo et de la retraite de Russie, mais c'est par la plume et non par le sabre qu'il vit encore aujourd'hui.

Tombe d'Henri Beyle
au Cimetière Montmartre.
Sa mort eu lieu à Paris en 1842.

Beyle (Henri), né à Grenoble le 23 janvier 1783, mort à... le...
Sa mère, femme d'esprit, [adorée et regrettée] mourut fort jeune [en 1790].
De 1796 à 1799, le jeune Beyle [ayant pris sa vie bourgeoise en horreur] ne s'occupa que de mathématiques.
Beyle arriva à Paris le 10 novembre 1799, le lendemain du 18 brumaire, Napoléon venait de s'emparer du pouvoir.
On fit l'expédition de Marengo, Beyle y fut, et fut nommé sous-lieutenant au 6e régiment de dragons, en mai 1800.
Il passait son temps à Milan. Ce fut le plus beau temps de sa vie, il adorait la musique, la gloire littéraire.
Beyle travaillait douze heures par jour, il lisait Montaigne, Shakespeare, Montesquieu.
Il fut nommé auditeur au Conseil d'État et fit la campagne de Russie.
Il aima Cimarosa (1749-1801) : Sonata in C- (J.-C.Templeur) . Classical Archives. Cimarosa, Shakespeare, Mozart, Le Corrège.
Il aima passionnément V... M... A... Ange, M... C...
Il respecta un seul homme : NAPOLÉON.
Notice sur M. Beyle, par lui-même
 
 

Texte complet de la Notice sur M. Beyle par lui-même


Je me souviens que Jules Janin me disait : - Ah ! quel bel article nous ferions sur vous si vous étiez mort ! Afin d'échapper aux phrases, j'ai la fantaisie de faire moi-même cet article.

Ne lisez ceci qu'après la mort de Beyle (Henri), né à Grenoble le 23 janvier 1783, mort à... le... .

Ses parents avaient de l'aisance et appartenaient à la haute bourgeoisie. Son père, avocat au Parlement du Dauphiné, prenait le titre de noble dans les actes. Son grand-père était un médecin, homme d'esprit, ami ou du moins adorateur de Voltaire. M. Gagnon, c'était son nom, était le plus galant homme du monde, fort considéré à Grenoble, et à la tête de tous les projets d'amélioration.

Le jeune Beyle vit couler le premier sang versé dans la Révolution française, lors de la fameuse journée des Tuiles. Le peuple se révoltait contre le gouvernement, et du haut des toits lançait des tuiles sur les soldats. Les parents du jeune B... étaient dévots et devinrent des aristocrates ardents, et lui patriote exagéré. Sa mère, femme d'esprit qui lisait le Dante, mourut fort jeune. M. Gagnon, inconsolable de la perte de cette fille chérie, se chargea de l'éducation de son seul fils. La famille avait des sentiments d'honneur, et de fierté exagérés, elle communiqua cette façon de sentir au jeune homme. Parler d'argent, nommer même ce métal passait pour une bassesse, chez M. Gagnon, qui pouvait avoir 8 à 9 mille livres de rente, ce qui constituait un homme riche à Grenoble en 1789.

Le jeune Beyle prit cette ville dans une horreur qui dura jusqu'à sa mort; c'est là qu'il a appris à connaître les hommes et leurs bassesses. Il désirait passionnément aller à Paris et y vivre en faisant des livres et des comédies. Son père lui déclara qu'il ne voulait pas la perte de ses moeurs et qu'il ne verrait Paris qu'à 30 ans. De 1796 à 1799, le jeune Beyle ne s'occupa que de mathématiques, il espérait entrer à l'Ecole polytechnique, et voir Paris. En 1789, il remporta le premier prix de mathématiques à l'École centrale (M. Dupuy, professeur) ; les 8 élèves qui remportèrent le second prix furent admis à l'École polytechnique deux mois après. Le parti aristocrate attendait les Russes à Grenoble, ils s'écriaient : O Rus, quando ego te aspiciam ! L'examinateur Louis Monge ne vint pas cette année. Tout allait à la diable à Paris. Tous ces jeunes gens partirent pour Paris afin de subir leur examen à l'école même ; Beyle arriva à Paris le 10 novembre 1799, le lendemain du 18 brumaire, Napoléon venait de s'emparer du pouvoir. Beyle était recommandé à M. Dam, ancien secrétaire général de l'Intendance du Languedoc, homme grave et très ferme. Beyle lui déclara avec une force de caractère singulière pour son âge, qu'il ne voulait pas entrer à l'École polytechnique.

On fit l'expédition de Marengo, Beyle y fut, et M. Dam (depuis ministre de l'Empereur) le fit nommer sous-lieutenant au 6e régiment de dragons, en mai 1800. Il servit quelque temps, comme simple dragon. Il devint amoureux de Mme A. (Angela Pietragrua.) Il passait son temps à Milan. Ce fut le plus beau temps de sa vie, il adorait la musique, la gloire littéraire, et estimait fort l'art de donner un bon coup de sabre. Il fut blessé au pied d'un coup de pointe dans un duel. Il fut aide de camp du lieutenant-général Michaud ; il se distingua, il a un beau certificat de ce général (entre les mains de M. Colomb, ami intime dudit). Il était le plus heureux et probablement le plus fou des hommes, lorsque à la paix, le ministre de la Guerre ordonna que tous les aides de camp sous-lieutenants rentreraient à leur corps.

Beyle rejoignit le 6e régiment à Savigliano en Piémont. Il fut malade d'ennui, puis blessé, obtint un congé, vint à Grenoble, fut amoureux, et, sans rien dire au ministre, suivit à Paris Mlle V... qu'il aimait. Le ministre se fâcha, B... donna sa démission, ce qui le brouilla avec M. Dam. Son père voulut le prendre par la famine. B..., plus fou que jamais, se mit à étudier pour devenir un grand homme. Il voyait une fois tous les quinze jours Mme A..., le reste du temps, il vivait seul. Sa vie se passa ainsi de 1803 à 1806, ne faisant confidence à personne de ses projets, et détestant la tyrannie de l'Empereur qui volait la liberté à la France. M. Mante, ancien élève de l'École polytechnique, ami de Beyle, l'engagea dans une sorte de conspiration en faveur de Moreau (1804).

Beyle travaillait douze heures par jour, il lisait Montaigne, Shakespeare, Montesquieu, et écrivait le jugement qu'il en portait. Je ne sais pourquoi il détestait et méprisait les littérateurs célèbres, en 1804, qu'il entrevoyait chez M. Daru. Beyle fut présenté à M. l'abbé Delille. Beyle méprisait Voltaire qu'il trouvait puéril, Mme de Staël qui lui semblait emphatique, Bossuet qui lui semblait de la blague sérieuse ; il adorait les fables de La Fontaine, Corneille et Montesquieu. En 1804, Beyle devint amoureux de Mlle Mélanie Guilbert (Mme de Baskoff) et la suivit à Marseille, après s'être brouillé avec Mad... qu'il a tant aimée depuis. Ce fut une vraie passion. Mlle M. G... ayant quitté le théâtre de Marseille, Beyle revint à Paris ; son père commençait à se ruiner et lui envoyait fort peu d'argent. Martial Daru, sous-inspecteur aux Revues, engagea Beyle à le suivre à l'armée, Beyle fut extrêmement contrarié et quitta les études.

Le 14 ou 16 octobre 1806, Beyle vit la bataille d'Iéna, le 26 il vit Napoléon entrer à Berlin. Beyle alla à Brunswick, en qualité d'élève commissaire des guerres. En 1808 il commença au petit palais de Richemont (à 10 minutes de Brunswick) qu'il habitait en sa qualité d'intendant, une histoire de la guerre de la succession en Espagne. En 1809, il fit la campagne de Vienne, toujours comme élève commissaire des guerres, il y eut une maladie et y devint fort amoureux d'une femme aimable et bonne, ou plutôt excellente, avec laquelle il avait eu des relations autrefois.

B... fut nommé auditeur au Conseil d'État et inspecteur du mobilier de la couronne par la faveur du comte Daru. Il fit la campagne de Russie et se distingua par son sang-froid ; il apprit au retour que cette retraite avait été une chose terrible. Cinq cent cinquante mille hommes passèrent le Niemen ; cinquante mille, peut-être vingt cinq mille le repassèrent. B... fit la campagne de Lutzen et fut intendant à Sagan en Silésie, sur le Bobr. L'excès de la fatigue lui donna une fièvre qui faillit finir le drame et que Gall guérit très bien à Paris.

En 1813, B... fut envoyé dans la septième division militaire avec un sénateur imbécile. Napoléon expliqua longuement à B... ce qu'il fallait faire.

Le jour où les Bourbons rentrèrent à Paris, B... eut l'esprit de comprendre qu'il n'y avait plus en France que de l'humiliation pour qui avait été à Moscou. Mme Beugnot lui offrit la place de directeur de l'approvisionnement de Paris. Il refusa pour aller s'établir à Milan. L'horreur qu'il avait pour les Bourbons l'emportant sur l'amour, il crut entrevoir de la hauteur à son égard dans Mme A... Il serait ridicule de raconter toutes les péripéties, comme disent les Italiens, qu'il dut à cette passion. Il fit imprimer La Vie de Haydn, Rome, Naples et Florence en 1817, enfin L'Histoire de la Peinture.

En 1817, il revint à Paris qui lui fit horreur; il alla voir Londres et revint à Milan. En 1821, il perdit son père qui avait négligé ses affaires (à Claix) pour faire celles des Bourbons (en qualité d'adjoint au maire de Grenoble) et s'était entièrement ruiné. En 1815, B... avait fait dire à son fils (par M. Félix Faure) qu'il lui laisserait 10 000 francs de rente, il lui en laissa 3000 de capital. Par bonheur, B... avait 1000 francs de rente, provenant de la dot de sa mère (Mme Henriette Gagnon, morte à Grenoble vers 1790, et qu'il a toujours adorée et regrettée).

À Milan, B... avait écrit au crayon l'Amour. B... malheureux de toutes façons, revint à Paris en juillet 1821, il songeait sérieusement à en finir lorsqu'il crut voir que Mme de C... avait des yeux pour lui. Il ne voulait pas se rembarquer sur cette mer orageuse, il se jeta à corps perdu dans la querelle des romantiques, il fit imprimer Racine et Shakespeare, la Vie de Rossini, les Promenades dans Rome, etc. Il fit deux voyages en Italie, alla un peu en Espagne jusqu'à Barcelone. La campagne d'Espagne ne permettait pas de passer plus loin.

Pendant qu'il était en Angleterre (en septembre 1826), il fut abandonné de cette dernière maîtresse C...; elle aimait pendant six mois, elle l'avait aimé pendant deux ans. Il fut fort malheureux et retourna en Italie. En 1829, il aima G... et passa la nuit chez elle, pour la garder, le 29 juillet. Il vit la révolution de 1830 de dessous les colonnes du Théâtre-Français. Les Suisses étaient au-dessous du chapelier Moizan.

En septembre 1830, il fut nommé consul à Trieste ; M. de Metternich était en colère à cause de Rome, Naples et Florence, il refusa l'exequatur. B... fut nommé consul à Civitavecchia. Il passait la moitié de l'année à Rome, il y perdait son temps, littérairement parlant, il y fit le Chasseur vert et rassembla des nouvelles telles que Vittorio Accoramboni, Beatrix Cenci, etc., 8 ou 10 volumes in-folio.

En mai 1836, il revint à Paris par un congé de M. Thiers qui imite les boutades de Napoléon...
B... arrangea la Vie de Nap... du 9 novembre 1836, à juin 1837...

(Je n'ai pas relu les pages qui précédent, écrites de 4 à 6 ; le dimanche 30 avril, pluie abominable, à l'hôtel Favart, place des Italiens à Paris.).


B... a fait son épitaphe en 1821.

Qui giace Arrigo Beyle Milanese,
Visse, scrisse, amo
Se n 'andiede di anni. . .
Nell 18...

Il aima Cimarosa, Shakespeare, Mozart, Le Corrège. Il aima passionnément V... M... A... Ange, M... C... , et quoiqu'il ne fût rien moins que beau, il fut aimé beaucoup de quatre ou cinq de ces lettres initiales.

Il respecta un seul homme : NAPOLÉON.

Fin de cette notice non relue (afin de ne pas mentir).

Notice sur Henry Beyle, à lire après sa mort, non avant.

Paris, 1837. 1e édition 1893.


source: Bibliothèque municipale de Lisieux.

L'autre ouvrage directement autobiographique, écrit par Stendhal en 1836, est la Vie de Henri Brulard; cet ouvrage n'est pas encore numérisé.

 

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Son oeuvre

«j'étais las de cette comédie perpétuelle, à laquelle oblige ce que vous appelez la civilisation du XIXe siècle» Julien Sorel

Ses romans sont presque tous autobiographiques (mais en est-il qui ne le sont pas?).
Pour Stendhal, c'est l'idéal qui fournit la jauge à laquelle doit se mesurer le réel;
cet idéal cristallisé par Napoléon à qui Julien Sorel voue une véritable passion.
"Quoi! n'est-ce que ça?" est une exclamation à la fois propre à Stendhal
et qui témoigne a contrario de la prégnance de l'idéal chez l'humain.
Balzac avait noté le ton "sec et sarcastique" de S., alors même
qu'il le faisait rire en lui contant une histoire italienne.
 
De l'amour (1822)
Traité déjà stendhalien, à la fois autobiographique et à portée générale.


Armance (1827)

Premier roman publié par Henri Beyle sous le nom de plume de Stendhal, à 44 ans : «Il y a de la fierté à l'infini dans ce coeur-là [celui de l'auteur]. Ce coeur appartient à une femme qui se croirait vieillie de dix ans si l'on savait son nom». Avant-propos signé Stendhal.


Les Cenci (Chroniques italiennes - parution depuis 1830)

«Violer les lois dans la monarchie à la Louis XV, tirer un coup de fusil à un couvreur, et le faire dégringoler du haut de son toit, n'est-ce pas une preuve que l'on vit dans la société du prince, que l'on est du meilleur ton, et que l'on se moque fort du juge?» La religion: «un corps de prêtres absolument séparé du reste des citoyens et même ayant des intérêts opposés», la monarchie: un «pouvoir absolu tempéré par des chansons». Extraits de la description de Don Juan, dont Stendhal voit bien le caractère satanique, afin de présenter François Cenci..


Le Rouge et le noir (1830)
Les batailles et les victoires, que remporte Julien en amour avec Mme de Rênal, suffiront-elles à lui faire oublier les rêves et la gloire personnifiés par Napoléon, dont il cache le portrait sous son lit?

Vie de Henri Brulard (autobiographique - 1836; publication posthume)

«Quoi ! n'est-ce que ça ?», me disais-je. Cet étonnement un peu niais et cette exclamation m'ont suivi toute ma vie. Je crois que cela tient à l'imagination." Stendhal, Vie de Henri Brulard, chapitre XLV (il répéta cette exclamation.


Mémoires d'un touriste : voyage en Bretagne et en Normandie (1837)
«Ce que j'aime du voyage, c'est l'étonnement du retour.»

La Chartreuse de Parme (1839)

«Prenez garde ! cette histoire n'est rien moins que morale.»

 
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L'Amour

De L'Amour a été écrit à Milan et publié en 1822;
le texte n'est pas numérisé.


L'amour imprègne l'oeuvre, du Don Juan des Cenci à la Chartreuse en passant par Le Rouge et le noir.
Lorsque Stendhal écrit sur l'amour, c'est toujours en quelque sorte de façon autobiographique.

Mais c'est aussi avec cet étonnement devant sa propre vie qui est le signe de l'esprit.
Ceci fait de son oeuvre une expérience réfléchie qui nous intéresse.
 

Une appréciation positive de Balzac:
"Après quatre années d' intimité, l'amour de cette femme avait fini par réunir toutes les nuances découvertes

par notre esprit d'analyse et que la société moderne a créées ; un des hommes les plus remarquables
de ce temps, dont la perte récente afflige encore les lettres, Beyle ( Stendhal ) les a, le premier,
parfaitement caractérisées. [...] Tel est sans doute le véritable amour, il comprend toutes
les manières d'aimer : amour de coeur, amour de tête, amour-passion, amour-caprice,
amour-goût, selon les définitions de Beyle." Balzac, in La Muse du département.


Amour-passion, amour-goût, amour physique et amour de vanité

Les 4 espèces d'amour dans De l'Amour

Conférence de Yuichi Kasuya, Université de Kanazawa.

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Napoléon
.

"Napoléon chantonnait constamment en allant en Russie ces mots qu'il
avait entendus si bien dits par Porto (dans la Molinara) :
Si batte nel mio cuore L'inchiostro e la farina
Vaut-il mieux être meunier ou bien notaire?"
Stendhal, Armance.

«Il voulait sous sa large main Ne faire du monde qu’un trône Et qu'un peuple du genre humain». Victor Hugo, Les Châtiments V.
"cet homme extraordinaire que j'aimais de son vivant
et que j'estime maintenant de tout le mépris
que m'inspire ce qui est venu après lui"
S.


On ne comprendra rien à l'ère napoléonienne si l'on passe sous silence l'enthousiasme des jeunes gens qui

voyaient se réaliser sous leurs yeux et avec leurs bras le rêve révolutionnaire de 1789: les trônes abattus,
l'ancien régime et ses privilèges détruits, la nouvelle société basée sur la raison et les droits ébauchée.
C'est ainsi qu'il faut comprendre que le patriote exagéré que fut le jeune Beyle entra totalement
dans l'orbite de Napoléon, comme en témoigne, entre autres le début de la Chartreuse de
Parme; c'est ce que décrit avec tant d'éloquence Michelet qui a pu écrire des armées
révolutionnaires que "la poussière des chemins se soulevait à l'avance sur leur
passage"; c'est pourquoi le philosophe Hegel, assistant à l'entrée de Napoléon
à Ulm, dit avoir vu passer l'esprit du monde à cheval; c'est ce qui poussa
une certaine famille de négociants de Livourne à collaborer avec l'armée
de la Grande Nation commandée par Bonaparte en 1796-1797;
c'est ce qu'attestent les nobles dernières paroles prêtées par
Venant-Denon au général Dessaix, à Marengo: "Allez
dire au premier consul que je meurs avec le regret
de n'avoir pas fait assez pour la postérité."
Comentaire de Philosophie, éducation, culture.


Alfred de Musset l'évoqua en ces termes: "Un seul homme était en vie alors en Europe; le reste des êtres tâchait de se remplir les poumons de l'air qu'il avait respiré" (La confession d'un enfant du siècle). Chateaubriand ne lui a pas pardonné de ne pas avoir grâcié le Duc d'Enghien (N. s'en explique dans son testament de Ste-Hélène); Victor Hugo a voué a posteriori à Napoléon I («une révolution l'avait enfanté, un peuple l'avait choisi, un pape l'avait couronné», discours de réception à l'Académie française, 5 juin 1841) une admiration qui n'a d'égale que son mépris de Napoléon III; pour le reste tout appartient à l'histoire, celle de France, certes, mais aussi celle de l'Europe et celle de notre civilisation. Je ne suis pas peu fier que cela appartienne aussi un tout petit peu à l'histoire de ma famille.


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Notes 
Tirer sur un couvreur
Dans les Cenci, Stendhal écrit, avec le ton sec et sarcastique qui le caractérise, à propos de Don Juan:
"Violer les lois dans la monarchie à la Louis XV, tirer un coup de fusil à un couvreur, et le faire dégringoler du haut de son toit,
n'est-ce pas une preuve que l'on vit dans la société du prince, que l'on est du meilleur ton, et que l'on se moque fort du juge?"
Or, mais plutôt sous Charles IX, Henri III, Henri IV ou Louis XIII , cette remarque fait référence à un événement
attribué par la rumeur populaire au Maréchal de Fervaques, Guillaume de Hautemer.
[Coïncidence? La maréchale de Fervaques est un personnage dans Le rouge et le noir.]

 

Un air fredonné par Napoléon en Russie
La Bella Molinara (1788)
La molinara ossia L'amore contrastato 
Opéra bouffe de Giovanni Paisiello 
(1740-1816) 
Un extrait de La Serva Padrona (1781)
pour se retremper dans le style de Paisiello,
auteur du Barbier de Séville : Il Barbiere di Siviglia (1782)
et maître de musique à Paris sous le Premier Consul en 1801 :
Aria di Serpina: Donne vaghe... (P.Gaspari). Classical Archives.

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