JEAN-JACQUES ROUSSEAU
(1712-1778)


[Rousseau]

L'ami de la vérité

"La vérité générale et abstraite est le plus précieux de tous les biens. Sans elle l'homme est aveugle;
elle est l'oeil de la raison. C'est par elle que l'homme apprend à se conduire, à être ce qu'il doit être,
à faire ce qu'il doit faire, à tendre à sa véritable fin." Rêveries du promeneur solitaire (IV)

Philosophie / Manuscrit / Oeuvres littéraires / Biographie
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PHILOSOPHIE MORALE ET POLITIQUE
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«Le gouvernement? [...] chargé de l'exécution des lois et du
maintien de la liberté, tant civile que politique.»
Du Contrat social, livre III, chapitre I
Discours sur les sciences et les arts
 Sur la question de l'académie de Dijon (1750)
«Si jamais quelque chose a ressemblé à une inspiration subite,
c'est le mouvement qui se fit en moi à cette lecture;
tout à coup je me sens l'esprit ébloui de mille lumières»
Lettre du 12 janvier 1762 à Malesherbes

Édition de 1755, chez Marc Michel Rey, Amsterdam.
Discours sur l'origine de l'inégalité(1755)
«Le premier qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire: Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples
pour le croire fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres,
que de misères et d'horreurs n'eut point épargné au genre humain celui qui, arrachant les
pieux ou comblant le fossé, eut crié à ses semblables: Gardez-vous d'écouter cet imposteur,
vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la Terre n'est à personne.»
Début de la IIème partie du Discours (note 1).

Économie politique
Article paru dans l'Encyclopédie (1755)
«Vous êtes content de l'article Economie, je le crois bien, mon coeur l'a dicté et le vôtre l'a lu»
À Jacob Vernes, le 6 mars 1756.

L'édition originale, en 1762, à Amsterdam. [Centre d'iconographie genevoise]
Du Contrat social
(1762)
Livre brûlé avec l'Émile comme «téméraires, scandaleux, impies,
tendant à détruire la religion chrétienne et tous les gouvernements»
Arrêté du Petit Conseil de Genève, 19 juin 1762.

Manuscrit de Rousseau. [Centre d'iconographie genevoise]
L'Émile
Enfin numérisé, le traité de Rousseau sur l'éducation est sur le Web en français et en anglais.
La profession de foi du vicaire savoyard, cette grande partie de l'Émile, brûlée et condamnée,
constitue certainement le texte le plus beau et le mieux réfléchi que l'on puisse écrire
sur ce que toutes les religions et tous les athéismes appellent Dieu
"Mon enfant, n'attendez pas de moi ni des discours savants ni de profonds raisonnements.
Je ne suis pas un grand philosophe, et ne me soucie point de l'être;
mais j'ai quelquefois du bon sens et j'aime toujours la vérité."


Le Parlement de Paris lança contre l'auteur de l'Émile un «mandement de prise de corps». Voici une note destinée à faire partie de la lettre que Jean-Jacques Rousseau, Citoyen de Genève, envoya à Christophe de Beaumont, Archevêque de Paris, Duc de St. Cloud, Pair de France, Commandeur de l'ordre du St. Esprit, Proviseur de Sorbonne, &C.: «Tels sont mes sentiments, M., que je ne donne pour règle à personne mais que je déclare être les miens et qui resteront tels non tant qu'il plaira aux hommes, mais jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de changer mon coeur ou ma raison. Car tant que je serai ce que je suis et que je penserai comme je pense, je parlerai comme je parle. Bien différent, je l'avoue de vos chrétiens en effigie, toujours prêts à croire ce qu'il faut croire, à dire ce qu'il faut dire pour leur intérêt, leur repos, bien sûrs d'être toujours assez bons chrétiens pourvu qu'on ne brûle pas leurs livres et qu'on ne décrète pas leur personne».Source: La Pleïade, Gallimard.

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OEUVRES LITTÉRAIRES
 

Rousseau en Arménien, par La Tour


«Je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge»
Les Confessions
 

Manuscrit, de la main de Rousseau.

Manuscrit des Confessions (livre IV) de la main de Jean-Jacques Rousseau,
conservé par Thérèse Levasseur jusqu'au 5 vendémiaire An III
et remis à la Convention (Assemblée nationale - France)
«C'est une chose bien singulière que mon imagination ne se monte jamais plus agréablement que quand mon état est le moins agréable, et qu'au contraire elle est moins riante lorsque tout rit autour de moi. Ma mauvaise tête ne peut s'assujettir aux choses. Elle ne saurait embellir, elle veut créer. Les objets réels s'y peignent tout au plus tels qu'ils sont ; elle ne sait parer que les objets imaginaires. Si je veux peindre le printemps, il faut que je sois en hiver ; si je veux décrire un beau paysage, il faut que je sois dans des murs : et j'ai dit cent fois que si j'étais mis à la Bastille, j'y ferais le tableau de la liberté. Je ne voyais en partant de Lyon qu'un avenir agréable ; j'étais aussi content, et j'avais tout lieu de l'être, que je l'étais peu quand je partis de Paris. Cependant je n'eus point durant ce voyage ces rêveries délicieuses qui m'avaient suivi dans l'autre. J'avais le coeur serein, mais c'était tout. Je me rapprochais avec attendrissement de l'excellente amie que j'allais revoir. Je goûtais d'avance, mais sans ivresse, le plaisir de vivre auprès d'elle : je m'y étais toujours attendu ; c'était comme s'il ne m'était rien arrivé de nouveau. Je m'inquiétais de ce que j'allais faire comme si cela eût été fort inquiétant. Mes idées étaient paisibles et douces, non célestes et [écrit à la place d'un mot rayé dans le manuscrit] ravissantes. Tous les objets que je passais frappaient ma vue ; je donnais de l'attention aux paysages : je remarquais les arbres, les maisons, les ruisseaux ; je délibérais aux croisées des chemins, j'avais peur de me perdre, et je ne me perdais point. En un mot, je n'étais plus dans l'empyrée, j'étais tantôt où j'étais, tantôt où j'allais, jamais plus loin.» Texte du livre IV des Confessionscorrespondant au manuscrit.
 
Carte référencée

Pierre Perroud, d'Athena, a créé cette carte "à main levée" qui renvoie aux passages des Confessions liés aux lieux.
Un usage intelligent des possibilités de l'édition numérique (le texte entier doit être téléchargé)


MAMAN

Françoise-Louise de la Tour,
Madame de Warens
«Mme de Warens se retourne à ma voix. Que devins-je à cette vue !
Je m'étais figuré une vieille dévote bien rechignée [...].
Je vois un visage pétri de grâces, de beaux yeux bleus pleins de douceur,
un teint éblouissant, le contour d'une gorge enchanteresse».
Texte extrait des Confessions, livre II.


«quoique je ne sois plus bon à rien sur la terre
je n'aurai pas tout à fait perdu mes derniers jours»
Les Rêveries du promeneur solitaire


Et vous ne seriez plus ma Julie? Ah! ne dites pas cela, digne et respectable femme. Vous l'êtes plus que jamais. Vous êtes celle qui méritez les hommages de tout l'univers; vous êtes celle que j'adorai en commençant d'être sensible à la véritable beauté; vous êtes celle que je ne cesserai d'adorer, même après ma mort, s'il reste encore en mon âme quelque souvenir des attraits vraiment célestes qui l'enchantèrent durant ma vie. Cet effort de courage qui vous ramène à tout votre vertu ne vous rend que plus semblable à vous-même. Non, non, quelque supplice que j'éprouve à le sentir et le dire, jamais vous ne fûtes mieux ma Julie qu'au moment que vous renoncez à moi. Hélas! c'est en vous perdant que je vous ai retrouvée.
La Nouvelle Héloïse

Son oeuvre dans La Pleïade

Un court extrait musical du
Devin du village (.ram 55k)
(.wav, 221k)

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NOTES BIOGRAPHIQUES
 

«Je suis né à Genève en 1712, d'Isaac Rousseau, Citoyen, et de Suzanne Bernard, Citoyenne.»

Les Confessions


Isaac Rousseau, père de Jean-Jacques,
lui lisait des auteurs latins et des romans français
Sa maison à Genève


Carte géobiographique : les lieux de la vie de Rousseau

en cartes postales, par Jean-Jacques...Monney

 
Porte par laquelle Jean-Jacques s'enfuit en 1762
«Je suis né avec un amour naturel pour la solitude».
Première lettre à M. de Malesherbes, à Montmorency, le 4 janvier 1762
Lettres à M. de Malesherbes
Élisabeth de La Live de Bellegarde ou Sophie, Comtesse d'Houdetot,
maîtresse du poète Saint-Lambert et inspiratrice de La Nouvelle Héloïse (Julie)

«Nous étions ivres d'amour l'un et l'autre, elle pour son amant, moi pour elle».
Confessions, livre IX


Madame Dupin
a reçu Rousseau au Château de Chenonceau;
"j'y devins gras comme un moine. On y fit beaucoup de musique."
Les Dupin ont tenté de rappeler auprès d'eux l'homme célèbre
après l'avoir chassé lorsqu'il ne l'était pas.

La dépouille de Rousseau a quitté l'île aux peupliers dans le domaine du château d'Ermenonville où le marquis de Girardin avait invité l'homme célèbre à la fin de sa vie.
La dernière demeure de J. J. Rousseau
dans la crypte du Panthéon, à Paris
face à Voltaire, frères ennemis
réconciliés pour toujours.

 
Site Rousseau
de J.-J. Monney
Université de Genève:
une mine de renseignements
et une iconographie bien choisie.
Une réhabilitation totale après les annulations
de toutes les condamnations en 1792...


"cet homme tellement exécré des âmes sèches"

Stendhal

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modifié le 8 octobre 2001


 
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NOTES

Note 1. On sait que le Discours a été mal compris, trop vite lu, sans doute, par de grands esprits qu'on pourrait soupçonner d'une certaine irritation. A-t-on idée de voir tant de qualités, intellectuelles, stylistiques et sentimentales réunies en un seul homme, par ailleurs beau et bien fait de sa personne, ni noble (comme Chateaubriand) ni riche (comme Voltaire), et celui-ci refuser les honneurs, adopter un comportement apparemment timide, fuir les salons et tenir en tous lieux le langage éloquent de la sincérité et de la réflexion? Voltaire se moqua de Rousseau qu'il invita à «brouter nos herbes», Chateaubriand crut bon de spécifier qu'il estimait la pensée comme si l'apologie de l'état de nature (impossible) ne devait pas provoquer un réveil moral! Retour au texte.


Francité