RABELAIS

"Cette année, les aveugles ne verront que bien peu, les sourds ouïront assez mal; les muets ne parleront guère;
les riches se porteront un peu mieux que les pauvres, et les sains mieux que les malades.
Vieillesse sera incurable cette année à cause des années passées..."
Prédiction de Rabelais à la manière des almanachs.


Gargantua, illustration de Gustave Doré.
"Grandgousier estoit bon raillard en son temps,

aymant a boyre net autant que homme qui pour lors fust au monde ,
et mangeoit voluntiers sale".
Gargantua, chapitre 3.


sa vie / son oeuvre / commentaires
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Sa vie

(1494-1553)

 
Rabelais étudia la théologie qu'il trouva absurde, et il se mit au grec et aux lettres, ce qui fit de lui un humaniste, fréquentant les grands savants de cette époque. Il écrivit même en 1521 à Guillaume Budé, brillant savant, qui fit tant pour la Renaissance des Belles Lettres en Europe.
 
Il quitta les Franciscains - anti-intellectualistes- pour se réfugier chez les Bénédictins, avec l'autorisation du Pape. Il quitta son froc de moine pour étudier à l'Université à Paris d'abord, et dans plusieurs villes ensuite; puis il obtint un diplôme de médecine à Montpellier, devint médecin à Lyon et écrivit Pantagruel en 1532.

 
En 1533, des placards ayant été affichés dans Paris et sur la porte de la chambre du Roi à Amboise, contre la messe, le pape et les cardinaux, Rabelais dut quitter Lyon, car sa réputation de libre penseur pouvait le faire suspecter d'hérésie. Il se trouva à Ferrare, en Italie, sous la protection de la duchesse, obtint le pardon du Pape pour son abandon de l'état de moine, et rejoignit le poète et cardinal Du Bellay à Lyon.

 
Après son cours de médecine où il disséqua un cadavre de pendu, il faillit être pendu lui-même par l'irascible cardinal de Tournon.

 
En 1543, ses deux livres, Gargantua et Pantagruel sont condamnés par la Sorbonne. Le Tiers Livre fut condamné en 1546. Il fut protégé par le cardinal Odet de Châtillon (qui participera au Colloque de Poissy en 1561 avant de se convertir au protestantisme). En 1552, son Quart Livre fut censuré par la Sorbonne et par ordre du Parlement.

 
En 1553, Rabelais renonça aux deux cures qu'il avait conservées, quelques mois avant sa mort.


Sa vie tout entière fut orientée afin de ne pas faire partie de ces "inutiles fardeaux de la terre" : ceux qui se contentent d'un savoir tout fait (théologique à cette époque) sans pratiquer l'ouverture d'esprit de la vraie connaissance: celle qui prend ses sources partout où l'on peut apprendre (dans le Grec ancien qu'on redécouvrait, comme dans l'expérience). Savoir, oui, mais savoir en conscience, c'est-à-dire en prenant la peine d'examiner et de comprendre, en réfutant ce qui est altéré ou faux. Homme de la Renaissance, opposant la beauté et la lumière de la connaissance à l'aveuglement des "désoeuvrés, incapables, indolents, ignorants, vicieux" (Lettre à Budé), libre penseur par étude, proche de la Réforme tout en prenant ses distances de la religion, il écrivit: "Science, sans conscience, n'est que ruine de l'âme". Science sans conscience: comme à la Sorbonne de l'époque, où un pseudo-savoir fait de traditions altérées permettait, dans un galimatias, des joutes d'insensés ou seulement guidées par les intérêts et les jalousies (la ruine de l'âme), au lieu que la fonction du savoir obtenu à la lumière de la raison est d'éclairer la marche de l'humanité.

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SON OEUVRE

Pantagruel par Alcofrybas Nasier (alias Francoys Rabelais)

Pantagruel, édition princeps de 1532,
transcription F. Bon du site Athena


«Et de faict ouyant le bruyt de ton sçavoir tant inestimable, ay delaissé pays, parens, maison,

& me suis icy transporté, riens ne estimant la longueur du chemin, l'attediation de la mer,
la nouveaulté des contrées, pour seullement te veoir, & conferer avecques toy
d'aulcuns passaiges de Philosophie, de Magie, de Alkymie, & de Caballe,
desquelz ie doubte, & ne m'en puis contenter mon esprit».
Rencontre avec un grand clerc d'Angleterre,
Pantagruel, chapitre 13


 Les moutons de Panurge
Pantagruel: Le Quart Livre, chapitre VIII.


Pantagrueline Prognostication

Certaine, veritable & infaillible pour l'an perpetuel.
Nouvellement composée au prouffit & advisement de gens estourdis & musars de nature,
Par maistre Alcofribas, architriclin dudict Pantagruel.


La règle de l'Abbaye de Thélème

FAIS CE QUE VOUDRAS, Gargantua, chap. 57

Nonstop, Éric Bulatov
Peinture sur béton - Fragment du mur de Berlin


"Toute leur vie était employée, non par lois, statuts ou règles, mais selon leur vouloir et franc arbitre. Se levaient du lit quand bon leur semblait, buvaient, mangeaient, travaillaient, dormaient quand le désir leur en venait. Nul ne les éveillait, nul ne les parforçait ni à boire, ni à manger ni à faire autre chose quelconque. Ainsi l'avait établi Gargantua. En leur règle n'était que cette clause: FAIS CE QUE VOUDRAS, parce que gens libères, bien nés, bien instruits, conversant en compagnies honnêtes, ont par nature un instinct et aiguillon qui toujours les pousse à faits vertueux et retire de vice, lequel ils nommaient honneur. Iceux, quand par vile subjection et contrainte sont déprimés et asservis, détournent la noble affection, par laquelle à vertu franchement tendaient, à déposer et enfreindre ce joug de servitude, car nous entreprenons toujours choses défendues et convoitons ce qui nous est dénié".

Gargantua, chapitre LVII.


Le Tiers-Livre

«plus tost estoit le beuf au feu: plus y estant, plus cuict restoit:
plus cuict restant, plus tendre estoit, moins usoit les dens, plus delectoit le palat:
moins grevoit le stomach, plus nourrissoit les bons religieux.
Qui est la fin unicque & intention première des fondateurs:
en contemplation de ce qu'ilz ne mangent mie pour vivre,
ils vivent pour manger, & ne ont que leur vie en ce monde.»
Exposition de Caballe monasticque en matière de beuf sallé


Page titre d'une publication d'époque

Son oeuvre dans La Pleïade


«par curieuse leçon et méditation fréquente,

rompre l’os et sucer la substantifique moelle
Gargantua.

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COMMENTAIRES

Alcofrybas Nasier
Alcofribas Nasier, alias Francois Rabelais

Rabelais, vu par Victor Hugo:
«Rabelais, que nul ne comprit:

Il berce Adam pour qu'il s'endorme,
Et son éclat de rire énorme
Est un des gouffres de l'esprit.»
Les Contemplations, livre VI: Les Mages.


Maison natale de Rabelais à Chinon

Sa maison natale à Seuilly


Maistre François Villon

«Frères humains qui après nous vivez...»
Rabelais voit en lui un précurseur mythique.

 
Balzac et Rabelais
Une seule fois il s'oublia pour nous parler de Rabelais
George Sand


"Le nommé Pétignot dépose qu’il a entendu l’accusé réciter les litanies du c. telles à peu près qu’on les trouve dans Rabelais,

et que je n’ose rapporter ici. L’accusé le nie dans son interrogatoire sur la sellette
il avoue qu’il a en effet prononcé c.., mais il nie tout le reste."
Relation de la mort du Chevalier De La Barre
1766

 
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modifié le 9 mars 2008


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