EDIT DE NANTES
Quatrième centenaire (1598-1998)


Le texte intégral de l'Édit de Nantes et sa présentation.

«En accordant la liberté de conscience, en reconnaissant l'existence légale du culte protestant,
ce texte [l'Édit de Nantes] admettait qu'il n'y eût pas une seule religion, une seule vérité dans le royaume.
Ce pluralisme, accepté au moins provisoirement, ouvrait un chemin qui devait conduire,
beaucoup plus tard, à la laïcité, valeur essentielle de notre République.»
Jacques Chirac, président de la République française,
Discours à l'UNESCO, 18 février 1998.


Poésie d'époque / Liens / Notes

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Poésie protestante du XVI° siècle
 

Le combat contre la Ligue et le haut clergé

Le Colloque de Poissy, convoqué par Catherine de Médicis en septembre-octobre 1561, à l'instigation de Michel de l'Hospital, tentait de réaliser un certain oecuménisme avant le mot. Mais Catholiques et Protestants n'ont pu s'entendre sur la Cène (Hoc est corpus meum): transubstantiation pour les uns, consubstantiation pour les autres, voire symbolisme; d'où le mot de Montaigne: «Combien de querelles et combien importantes a produit au monde le double du sens de cette syllabe, Hoc!».

Le massacre de Wassy (Vassy, orthographe d'époque) du 1er mars 1562 rompit la trêve due à Michel de l'Hospital. La poésie protestante d'époque témoigne de l'horreur des «guerres de religion» qui coûtèrent à la France, en une quarantaine d'années, environ quatre millions de morts.

Sur François de Lorraine, Duc de Guise,
frère du cardinal Charles de Lorraine,
et chef de la Ligue:
«Ce grand Tyran qui jadis exercea
Sa cruauté et barbare entreprise
Ce grand bourreau qui du Seigneur l'Eglise
Pourchasse à mort depuis vingt ans en ça,
Ce furieux Tygre enragé forçea
Une maison à Vassy par surprise
Où tout ravit comme en ville conquise
Et le troupeau du Seigneur renversa.
Ce grand boucher fist apparoir ses forces
En esgorgeant enfans et femmes grosses
Et non content d'avoir fait ce beau coup,
Il se promet que par toute la France
Ansi fera, mais Dieu par sa puissance
L'abismera aux enfers tout à-coup.»

La réforme que Luther a instaurée avait pour enjeu la liberté de conscience à une époque où les droits de l'homme n'étaient pas proclamés. Les autorités religieuses de l'époque ont trop souvent alimenté l'incompréhension et la haine, entretenu les préjugés et cultivé l'ignorance, mais, en même temps, elles ont eu l'hypocrisie d'en appeler à la charité et de se dissocier -publiquement du moins- des actes de violence. Lorsqu'en 1572, l'amiral de Coligny et les Protestants seront assassinés à Paris (le jour de la Saint-Barthélémy), l'Église de France déplorera ces crimes «spontanés» ( bien que des témoins affirment que les cloches des églises aient donné le signal). À la nouvelle du massacre, le pape Grégoire XIII témoignera d'une joie tellement indécente qu'elle demeurera privée afin de préserver les apparences.
C'est ce contexte d'hypocrisie que la poésie protestante d'époque nous dévoile.

Sur Charles de Lorraine, le cardinal (deuxième du nom et le plus riche prélat de France):
«Soubz un regard benin, une facon honneste
Un doux guygner des yeux, un pas bien mesuré
Un beau geste des mains, un parler asseuré
Un rire contrefait, un beau branler de teste
Un accueil gratieux, à chacun faisant feste
Un habit estranger des Francois honoré,
Brief soubz un beau semblant vouloir estre adoré
Et ce pendant avoir la conscience preste
A faire mille maux, à faire une entreprise
A troubler un estat soubz le nom de l'Eglise
Et à nous ramener à la guerre civile,
Voila, voila les biens que Charles de Lorraine
Revenu freschement de Rome et du Concile
Dessoubz son grand manteau en France nous rameine.»

Source des deux sonnets: La poésie protestante de langue française (1559-1598), Jacques Pineaux, Librairie C. Klincksieck, 1971;
commentaire: «Philosophie, éducation, culture», Pierre Cohen-Bacrie.

Source des notes concernant le contexte historique: Georges Bordonove, Les Rois qui ont fait la France: Les Valois, tome 6, Henri III, édition Pygmalion/Gérard Watelet, Paris, 1998, 316 pages. En particulier, le chapitre II: Le colloque de Poissy, le chapitre IV: La première guerre de religion et le chapitre XIII: Après la Saint-Barthélémy.

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LIENS


Henri IV, roi de France et de Navarre.
Henri IV a donné la formule de la tolérance:
" Ceux qui suivent leur conscience sont de ma religion,
et je suis de la religion de ceux qui agissent bien"



Pour mettre fin aux horreurs des guerres de religion, Henri IV accomplit, en signant l'Édit de Nantes ou Édit de Tolérance, le geste le plus éclairé de son temps.

Le magazine GOLIAS y consacre son numéro 58 (janv.- févr. 1998) repris par la Fédération protestante de France.

De son côté, l'Académie de Montpellier constitue une page d'histoire hyper-reliée à compléter par des lectures.

Appuyés sur la Bible, certains Protestants n'hésitent pas à dénoncer le catholicisme, parfois vu comme une idolâtrie; de son côté, adoptant une attitude d'ouverture, le pasteur Jean Tartier fait sien le voeu de l'Édit de Nantes de tirer un trait sur le passé.

La Révocation de l'Édit de Nantes par Louis XIV (Édit de Fontainebleau, octobre 1685) donnera lieu aux dragonnades et au «désert» (résistance cévenole) ; elle sera elle-même révoquée, un siècle plus tard, par Louis XVI (1787).

Une page consacrée au Colloque de Poissy par Philosophie, éducation, culture conclut sur l'appel à la tolérance de Bayle et de Voltaire.

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NOTES


Entrée triomphale d'Henry IV à Paris, par Rubens.


Le texte intégral de l'Édit / Démocratie et droits fondamentaux


Tirer un trait sur le passé: «Que la mémoire de toutes choses passées d'une part et d'autre, depuis le commencement du mois de mars 1585 jusqu'à notre avènement à la couronne, et durant les autres troubles précédents et à l'occasion d'iceux, demeurera éteinte et assoupie, comme de chose non advenue». Début de l'Édit de Nantes, 1598.  Retour au texte.

«En apprenant le massacre parisien, Grégoire XIII avait ordonné d'allumer des feux de joie et de chanter un Te Deum! [...] Il fit même frapper une médaille commémorative.» Georges Bordonove, opus cit. Retour au texte.

Petite ville de la Haute-Marne. Lorsque le duc François de Guise se trouvait à Wassy, ville close, il apprit que des calvinistes célébraient leur culte dans une grange voisine, en violation de l'édit de Janvier. Il décida de les prier de cesser. Bilan: 45 morts et 100 blessés parmi les calvinistes, hommes, femmes et enfants. Retour au texte.


En ruine aujourd'hui: le vieux pont, à Poissy.
Le vieux pont de Poissy ne permet pas
plus de communication aujourd'hui que
ne le fit le colloque du même nom en 1561

Déclaration d'ouverture du Colloque de Poissy, le 9 septembre 1561, par le jeune roi Charles IX [fils d'Henry II et de Catherine de Médicis, alors régente]: «Messieurs je vous ai fait assembler de divers lieux de mon royaume pour me donner conseil sur ce que vous proposera mon chancelier [Michel de l'Hospital], vous priant de mettre toute passion bas, afin que nous puissions en recueillir quelque fruit qui tourne au repos de tous mes sujets, à l'honneur de Dieu, de l'acquit des consciences et du repos public». Georges Bordonove, opus cit. Retour au texte.

Au Colloque de Poissy, se rencontraient 6 cardinaux, plus de 40 archevêques et évêques, et 24 théologiens du côté catholique, et 12 ministres du culte protestant, assistés d'une vingtaine de laïcs. C'est à Théodore de Bèze, l'un des chefs de file du protestantisme français (avec Navarre et Condé et sous l'autorité morale de Calvin à Genève), en robe noire contrastant avec «les simarres de soie violette ou pourpre», qu'il revint de déclarer: «Le corps de Jésus-Christ est aussi loin du pain que le haut des cieux est éloigné de la terre», entraînant du côté catholique l'exclamation: «Blasphemavit!» (Il a blasphémé!). Sources: Donald Nugent, Ecumenism in the Age of the Reformation, Harvard University Press, Cambridge, 1974, et Georges Bordonove, opus cit. Retour au texte.

En février 1564, sous le pape Pie IV, «le Concile de Trente venait de terminer ses travaux. Il avait proclamé articles de foi la présence réelle dans l'Eucharistie, la transubstantiation, le culte des saints, le Purgatoire et l'autorité suprême de l'Église romaine. Il excommuniait les hérétiques». Georges Bordonove, opus cit. chapitre V, p. 74. Retour au texte.

L'Amiral de ColignyGaspard II de Châtillon, seigneur de Coligny, fut amiral de France en 1552. Il était le fils de Gaspard I de Châtillon, maréchal de France, et de Louise de Montmorency, soeur d'Anne de Montmorency, maréchal de France; sa femme était Jeanne de Laval. Condé ayant perdu la vie à Jarnac le 13 mars 1569, il fut le chef du parti protestant. Sa mort calme et sans peur, lors du massacre de la Saint-Barthélémy le 24 août 1572, honore sa mémoire. Lors d'un voyage commémoratif du bicentennaire de la Révolution française, en 1989, j'ai pu consulter certains documents le concernant au petit musée du protestantisme, situé dans un sobre temple du centre-ville de La Rochelle (alors appelée la «Jérusalem maritime»). Il y eut 7000 morts à Paris et 15000 en France. Henri de Navarre, prince du sang mais protestant - comme son père Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, époux de la reine de Navarre Jeanne d'Albret et frère du prince de Condé - fut épargné, 6 jours à peine après son mariage avec Marguerite de Valois. Retour au texte.

Les 6 cardinaux présents au Colloque de Poissy étaient: les cardinaux de Lorraine, de Guise, de Tournon, d'Armagnac, de Bourbon et de Châtillon. Merci à Stefanie Gaines, de San Diego State University, pour cette précision. Bordonove mentionne seulement 5 cardinaux [opus cit., p. 54], omettant probablement le cardinal de Tournon. Tournon, aussi vieux qu'attaché aux traditions(il avait tenté de faire pendre Rabelais en 1537), s'était en effet retiré de la séance restreinte du 26 septembre, mais n'en était pas moins le président du Colloque. Bordonove mentionne aussi seulement 36 évêques au lieu des 41 évêques cités par Nugent [Donald Nugent: Ecumenism in the Age of the Reformation, Harvard University Press, Cambridge, 1974], prenant acte du fait que 5 évêques s'opposèrent à écouter les protestants - bel exemple d'ouverture au dialogue. Voir la page consacrée au Colloque de Poissy sur Philosophie, éducation, culture.

Anne de MontmorencyLe Maréchal Anne de Montmorency fut sujet, quant à lui, à une violente manifestation psycho-somatique d'intolérance, rendu malade du fait de d'entendre exposer une opinion contraire à la sienne, ce qui déclencha le soir chez lui "des coliques et une crise de goutte" [Nugent, opus cit. p. 84 - il s'agissait de la séance conjointe États généraux de Pontoise et Colloque de Poissy du 27 août à Saint-Germain-en-Laye, et l'objet de sa sainte colère était Jacques Bretagne, délégué du Tiers État, maire d'Autun, qui avait ouvertement critiqué le clergé pour son avarice et pour avoir caché le texte des Évangiles. "Qu'on le pende sur le champ", s'était écrié Montmorency]. La morgue du Haut-Clergé et des grands seigneurs catholiques, habitués au primat de la force, ne les prédisposait guère à l'ouverture d'esprit, au dialogue et à la tolérance - leur responsabilité dans les guerres de religion est indubitable. Montmorency fut ultérieurement remplacé par son neveu, l'Amiral de Coligny, protestant, qui sera assassiné lors du massacre de la Saint-Barthélémy, onze ans après le Colloque de Poissy.

Note sur Charles IX : Charles IX protégera l'Amiral de Coligny avant d'ordonner sa mort et celle des protestants lors de la Saint-Barthélémy: "Qu'on les tue, qu'on les tue tous", se serait-il finalement écrié, dans un hurlement, devant l'insistance de Catherine de Médicis. C'est dans la cour du Louvre que furent assassinés des gentilhommes protestants sous ses yeux : "Ces malheureux, de la cour, adressaient à cette fenêtre les appels les plus pathétiques, et ne trouvaient dans le roi, dans leur hôte, dans ce magistrat de la justice commune, que l'oeil sauvage, égaré, furieux, d'un misérable fou." (Michelet). Retour au texte.
 
 

Page reliée à l'Encyclopédie Voltaire des droits de l'homme

qui sera située au Château de Ferney

à l'initiative de Robert Badinter

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