Montaigne
1533-1592

Michel Eyquem, seigneur de Montaigne.
source: Édition des Essais de 1635
.
Esprit subtil et fin lettré au temps des grandes découvertes,
fervent partisan du doute, il éleva la pensée personnelle
à la hauteur de l'universel de la condition humaine.
Montaigne offre une acception au singulier
de ce qu'on a appelé les
humanités.
.
Sa vie / Son oeuvre / Les sentences
_____________________.____________

Sa vie
.
Montaigne y reçut Henri de Navarre, Condé, Rohan et Turenne en 1584.
La tour du château de
Montaigne, à Montaigne.

"Pour juger des choses grandes et haultes, il faut un'ame de mesme,
autrement nous leur attribuons le vice qui est le nostre."
Essais, I, XIV


Michel Eyquem de Montaigne naquit en 1533 à Montaigne, comme son père, Pierre Eyquem de Montaigne (qui avait alors 38 ans et mourut en 1568, âgé de 72 ans et tourmenté d'une maladie de pierre à la vessie que devait connaître plus tard son fils aîné). Sa mère s'appelait Antoinette de Louppes [descendante de juifs du Portugal ou de Tolède nommés Lopez]. Il eut comme frères Thomas, seigneur de Beauregart et d'Arsac, Pierre, seigneur de la Brousse et Bertrand de Mötaigne. Il eut trois soeurs: Jane, épouse du seigneur de Lestona, Léonor de Mötaigne dont il fut le parrain, ayant lui-même alors 19 ans, et Marie de Mötaigne.

Il fut éduqué en latin et garda toute sa vie l'amour des Lettres, passant toutefois progressivement de la poésie à l'histoire. On sait qu'il s'intéressa aussi aux récits de voyages et rencontra un Sauvage des Amériques, ce dont il fit le magnifique chapitre XXXI du livre I des Essais: Des cannibales, où éclate avec efficacité sa critique des préjugés, et, en tout premier lieu, de l'ethnocentrisme [en pleine époque des guerres de religion!]. D'ailleurs, ouvert au dialogue, il déplora comme Ronsard, mais en des termes choisis l'échec de la tentative oecuménique du Colloque de Poissy (1561): «Combien de querelles et combien importantes a produit au monde le double du sens de cette syllabe, Hoc!».

Conseiller au Parlement de Bordeaux de 1557 à 1570, Montaigne y rencontre Étienne de La Boétie qui sera son ami jusqu'à la mort de celui-ci en 1763 à l'âge de 33 ans. En 1574, deux ans après la St-Barthélémy, Montaigne fait devant le Parlement de Bordeaux un discours remarqué. Faisons confiance à ce Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi, au fond si peu ordinaire, pour éviter la violence et établir l'ordre par la seule force de sa parole et de sa pensée.

Il épousa en 1565, à 32 ans, Françoese de la Chassaigne, de 11 ans plus jeune que lui. En 1570, son premier enfant, une fille nommée Thoinette, naquit et mourut à l'âge de deux mois. En 1571 lui naquit Léonor, baptisée par l'oncle de Montaigne Pierre Eyquë de Mötaigne, seigneur de Gaujac et chanoine de S. André de Bourdeaus, et par la soeur de Montaigne, Léonor. En 1573, une troisième fille, Anne, ne vécut que sept semaines. Suivit une quatrième fille, en 1574, qui ne vécut que trois mois. Une cinquième fille, née en 1577, mourut un mois après. Née en 1583, Marie, son sixième enfant, ne vécut que quelques jours.

Décoré par le Roi (Henri III) en 1571 de l'ordre de Saint-Michel et nommé Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi; honoré aussi par Henri de Bourbon, roi de Navarre et futur Henri IV, en 1577 du titre de Gentilhomme de sa Chambre; élu maire de Bordeaux en 1580-81; Montaigne sera embastillé à Paris en 1588 sur ordre indirect d'Henry de Guise, et libéré le même jour sur celui de la Reine mère [Catherine, fille de Laurent de Médicis]. Voilà une vie rien moins que tranquille.

Sauf une dernière correspondance en 1590 avec Henri IV qui lui offrit alors une place auprès de lui, Montaigne, à la fin de sa vie, devenait cependant davantage un spectateur de la vie publique. Ayant écrit depuis 1572, Montaigne avait publié les deux premiers livres des Essais depuis 1580, puis y avait ajouté un troisième livre et des modifications en 1588 et il y travaillait encore en 1592. "Montaigne s'est découvert en écrivant les Essais, et son livre l'a fait en même temps qu'il faisait son livre", va jusqu'à dire Maurice Rat. Ce fut, en tout cas, l'oeuvre d'une vie, par ailleurs déjà bien remplie.


Souffrant (mais avec une âme ferme) d'une maladie de la vessie depuis 1578 et de la goutte depuis 1588, Montaigne mourut à Montaigne le 13 septembre 1592, à 59 ans et demi; son coeur fut mis en l'Église St-Michel et son corps enterré à L'Église des Feuillants à Bordeaux. Son oeuvre lui survécut.

Sources principales: Notes manuscrites de Montaigne sur son exemplaire des "Éphémérides" de Beuther, et la Chronologie de Montaigne établie par Maurice Rat in Montaigne: Oeuvres complètes, collection La Pleïade, éditions Gallimard.


Mais, quel est vraiment l'homme Michel Eyquem, seigneur de Montaigne? Répondre à cette question supposerait avoir auparavant défini l'humanité pour soi et pour les autres. Quelles actions retenir, quelles attitudes, quels faits? Faut-il souligner les honneurs qui lui furent rendus avec ce titre de Chevalier de l'ordre de Saint-Michel (par ordre du Roi, représenté par le marquis Gaston de Foix, en 1571), tombé en désuétude pour avoir été trop prodigué (cf. les Essais, chapitre VII, livre II)? Faut-il les passer sous silence? Eh quoi, l'amitié d'Henri de Bourbon, le futur Roi Henri IV (qui l'avait déjà nommé Gentilhomme de sa Chambre par lettres patentes en 1577) n'a-t-elle pas été méritée par les conseils de clémence de Montaigne, alors qu'il recevait le roi de Navarre en son château (en compagnie de Condé, de Rohan, de Turenne, etc. en 1584, et encore en 1587 après sa victoire de Coutras)? Notre chance est que Montaigne ait écrit ses Essais entièrement sur lui-même, ou presque. Presque, parce qu'ils sont émaillés de citations grecques et latines, ce qui en fait aussi un livre d'érudition et d'histoire comparée. Presque sur lui-même, car ce lui-même est en question; Montaigne parle de lui comme Socrate cherchait à se connaître lui-même: en tenant compte davantage de l'être que de l'apparaître à quoi, si souvent, se réduit l'identité de la vanité.

Par conséquent, pour Montaigne comme pour Rousseau, qui, deux siècles plus tard, fit son objet d'études de lui-même, lui aussi en faisant référence à Socrate, une biographie est impertinente pour comprendre l'oeuvre. Accorder de l'importance à une biographie de Montaigne ou de Rousseau, c'est, de plus, risquer de confondre leur vie à leur époque et la conception de la vie qui est dans leurs oeuvres. Improbable et trop parfaite société, d'ailleurs, celle qui permettrait aux grands esprits qui y vivent d'y vivre selon leur esprit; aussi bien n'écrivent-ils pas sous la dictée des événements de leur vie sociale. Non, Montaigne ne fut pas modéré parce qu'il était riche, car il le fut comme tel philosophe grec qui vécut dans la misère; non, Rousseau ne critiqua pas les injustices sociales parce qu'il était pauvre, car son dégoût de la richesse avait une source bien plus profonde.


Voici, cependant, un point d'ancrage dans les Essais pour tenter de se représenter son attitude devant la vie - et, disons-le, devant l'argent:

Montaigne, dans le chapitre XIV du livre I des Essais: "Que le goust des biens et des maux depend en grande partie de l'opinion que nous en avons", nous dit avoir vécu en trois sortes de conditions depuis sa sortie de l'enfance (1533-?):

1/ Pendant près de vingt ans: sans revenus assurés, dépendant du hasard et du secours d'autrui, sans métier et sans obligation, il vécut en incertitude. "Je ne fus jamais mieux". Ses amis lui prêtaient d'autant plus volontiers qu'ils savaient quelle attention il portait à les rembourser. "Je sens naturellement quelque volupté à payer comme si je deschargeois mes espaules d'un ennuyeux poix et de cette image de servitude; aussi, qu'il y a quelque contentement qui me chatouille à faire une action juste et contenter autruy".

2/ Sa deuxième période, ridicule et honteuse de prudence, selon lui, a été d'avoir de l'argent. Il chercha alors à faire des économies, en secret, pour parer aux coups du sort. "Cela ne se passait pas sans penible sollicitude". Fort heureusement, le plaisir ressenti à dépenser beaucoup lors d'un certain voyage (celui de 1580-1581 en Italie, par la Suisse et l'Allemagne ou l'un de ses voyages ultérieurs à Paris?) mit fin à cette seconde période placée sous le signe du certain.

3/ Sa troisième "sorte de vie" (?-1592), beaucoup plus plaisante, consiste à dépenser tout ce qu'il gagne: "je vis du jour à la journée". Il n'amasse que pour de grosses dépenses et n'achète pas de terres, échapant ainsi à l'avarice, "cette maladie si commune aux vieux". Le surcroît de biens n'augmente pas l'appétit de boire, manger, dormir et embrasser sa femme. "Richesse, gloire, santé n'ont qu'autant de beauté et de plaisir que leur en preste celuy qui les possede".

Mise à part donc la période insouciante de sa jeunesse, c'est cette troisième sorte de vie qui caractérise Montaigne. Ayant pour valeurs l'étude et la connaissance (de soi), il pouvait supporter, sans les rechercher, l'abstinence de vin et de jouissance. Sa maladie dite de la pierre, si douloureuse à l'occasion, et la goutte, ressentie dès 1588, ne parvinrent pas à entamer sa confiance dans la vie. La dévastation de ses biens, lors d'un épisode des guerres de religion, ne le conduisit pas au désespoir: il fera presque sien le mot de Socrate répondant à sa femme le plaignant d'être injustement condamné: "Aurais-tu préféré que ce fut justement?". Si la mort prématurée de son ami, de cet autre soi-même, Étienne de La Boétie avait failli lui ôter jadis le goût de vivre, Montaigne, en bon émule des stoïciens, combattit cette amitié perdue par l'amour d'une femme, mais un amour "tempéré", c'est-à-dire faisant place à d'autres préoccupations.


Quel paradoxe ce serait de se représenter Montaigne, par exemple comme le maire de Bordeaux (qu'il fut de 1580-81 à 1586), comme le seigneur et le magistrat qu'il a été en une époque révolue, selon les moeurs et coutumes de son temps, selon son origine sociale! Lire les essais, c'est bien tenter de faire la connaissance d'un homme, mais cet homme est et n'est pas Michel de Montaigne. Il l'est car c'est à travers les expériences (les essais) de sa propre vie que l'auteur s'adresse à nous en réfléchissant tout haut; il ne l'est pas, car cette personne à découvrir, lectrice ou lecteur, c'est toi: c'est de toi qu'il s'agit, car il s'agit de ce qu'il y a d'humain en chacun de nous.

Lisons donc les Essais.

Bonne lecture!


"Parce que c'était lui, parce que c'était moi."
[Montaigne, en parlant des raisons de son amitié pour La Boétie, plus de 25 ans après la mort de celui-ci]

Note sur Étienne de La Boétie:
Il écrivit le Discours sur la servitude volontaire, intitulé aussi Contr'un. Cette oeuvre d'un esprit aussi fin et lettré, écrite à 16 ans et corrigée à 22, le rendit célèbre par "l'appel à la liberté" (le mot est de Montaigne) qu'elle contient. On sait que Montaigne voua à La Boétie une véritable passion d'amitié, qu'il jugera lui-même excessive lorsque, en 1563, il subira l'expérience de la mort de cet être cher par-dessus tout. D'ailleurs, en 1571 (jusqu'à 1574 au plus tard), Montaigne se retira dans sa "librairie", à l'âge de 38 ans, pour se consacrer à la méditation, en mémoire de son ami. La lecture des philosophes stoïciens fut alors, on le pense, appropriée dans les deux sens du terme.

Note sur le Discours de la servitude volontaire:
"La nature nous a donné à tous toute la terre pour demeure, elle nous a tous logés dans la même maison, nous a tous formés sur le même modèle afin que chacun pût se regarder et quasiment se reconnaître dans l'autre comme dans un miroir, elle nous a fait à tous ce beau présent de la voix et de la parole pour mieux nous rencontrer et fraterniser et pour produire, par la communication et l'échange de nos volontés." La Boëtie, Discours de la servitude volontaire, sur le Web en traduction anglaise.
Montaigne préféra sagement éviter sa publication en ces temps de guerres de religion et d'appels au régicide "je leur trouve [au Discours de la servitude volontaire et à un mémoire sur l'édit de janvier 1562] la façon trop délicate et mignarde pour les abandonner au grossier et pesant air d'une si mal plaisante saison". Le parti protestant l'imprimera en 1576. C'est l'élan de la jeunesse de la raison (à la Renaissance) qui le caractérise. Par la suite ce texte a inspiré des générations de penseurs politiques et les philosophes des Lumières. Son propos anti-dictatorial demeure hélas d'actualité.

Montaigne à la mairie de Bordeaux
...pour deux ans, à la place du Maréchal de Biron. Son contemporain De Thou, cité par Maurice Rat, dit avoir tiré "bien des lumières de Michel de Montaigne, alors maire de Bordeaux, homme franc, ennemi de toute contrainte, et qui n'était entré dans aucune cabale"; il fut reconduit à la mairie, pour deux autres années, en 1583; en 1585, pour conserver Bordeaux hors de la Ligue, il collabora avec le Maréchal de Matignon qui lui succèdera à la mairie.

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LES ESSAIS
publiés en deux livres en 1580 et
avec un troisième en 1588.
.
Vers la page consacrée aux Essais.
citations et texte électronique

Lien vers le texte électronique des Essais

Une curiosité sur le serveur Gallica de la BNF
Préface à une édition des Essais de juin 1635
par Melle de Gournay, de Gournay-sur-Aronde en Picardie:
"Lecteur, ayant à desirer de t'estre agreable, je me pare du beau titre de ceste alliance,
puisque je n' ay point d'autre ornement : et n' ay pas tort de ne vouloir appeler
que du nom paternel, celuy duquel tout ce que je puis avoir
de bon en l'ame est issu."
Melle de Gournay se disait sa fille d' alliance, surnom donné par Montaigne
à cette admiratrice après leur rencontre à Paris en 1588.
texte de la préface

Son oeuvre dans La Pleïade, présentée par M. Rat, incluant
les Essais, le Journal de voyage en Italie, les Lettres et
les Notes des "Éphémérides" de Beuther, avec, en
appendice, les Sentences peintes de sa "Librairie".
Sa traduction de la Théologie naturelle
de Raymond Sebond, effectuée au
bénéfice de son père, n'a
pas été incluse.

Un doute qui est le fruit de l'effort de connaissance de soi (aussi esloignée de nous, et aussi bien au dessus
des nues, que celle des astres) et qui débouche sur une morale de l'équanimité et de la tolérance
seule attitude utile pour faciliter une quête jamais achevée: celle d'une humanité
qui ne peut se définir progressivement que par ses questions
et par son refus des préjugés.

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LES SENTENCES
peintes au plafond de sa "librairie"
publications en 1861 et 1894
publiées récemment en appendice
des Oeuvres complètes de Montaigne
par M. Rat dans La Pleïade Gallimard, 1963.


Ces citations, à peine déchiffrables aujourd'hui, sont encore visibles.
Les quelque 57 sentences ou phrases ont été peintes
par Montaigne sur les travées du plafond de
cette pièce du château qu'il appelait
sa "librairie".

Une prochaine publication (par M. Alain Legros) portera à 65 le nombre de sentences.
Un aperçu substantiel sera disponible ici, dans la page consacrée à Montaigne,
dans le Petit Panthéon du Web du site Philosophie, Éducation, culture.
les 32 citations latines sont reproduites ici avec leur traduction française;
les 25 citations grecques seulement en traduction française.
Les références aux sources sont parfois fautives ou incomplètes.
Consulter l'appendice aux Oeuvres Complètes
dans la collection La Pleïade.


1. Extrema homini scientia ut res sunt boni consulere, caetera securum. Eccl.
Le bout du savoir pour l'homme est de considérer comme bon ce qui arrive, et pour le reste d'être sans souci.

2. Cognoscendi studium homini dedit Deus ejus torquendi gratia. Eccl., I.
Dieu a donné à l'homme le goût de connaître pour le tourmenter.

3. Citation grecque. Stobée, Sentences.
Le vent gonfle les outres vides, l'outrecuidance les hommes sans jugement.

4.Omnium quae sub sole sunt fortuna et lex par est. Eccl., 9.
Tout ce qui est sous le soleil a même fortune et loi.

5. Citation grecque. Sophocle, Ajax, 552.
La vie la plus douce, c'est de ne penser à rien.

6. Citation grecque. Sextus Empiricus, Hypotyposes, I, 19.
Ce n'est pas plus de cette façon ou de celle-là ou que d'aucune des deux.

7. Orbis magnae vel parvae earum rerum quas Deus tam multas fecit notitia in nobis est. Eccl.
Du grand et du petit monde des choses que Dieu a faites en si grand nombre, la notion est en nous.

8. Citation grecque. Sophocle, Ajax, 124.
Car je vois que tous, tant que nous sommes, nous ne sommes rien de plus que des fantômes ou une ombre légère.

9. O miseras hominum mentes! O pectora caeca!
Qualibus in tenebris vitae quantisque periclis
Degitur hoc aevi quodcumque est!
Lucrèce, De natura rerum, II, 14.
Ô malheureux esprit des hommes! Ô coeurs aveugles! En quelles ténèbres de la vie, et dans quels grands périls s'écoule ce tout petit peu de temps que nous avons!

10. Citation grecque. Euripide, dans Stobée, De superbia.
Celui qui d'aventure se prend pour un grand homme, le premier prétexte l'abattra complètement.

11. Omnia cum caelo terraque marique
Sunt nihil ad summam summai totius.
Lucrèce, De natura rerum, VI, 678.
Toutes les choses, avec la terre, le ciel et la mer, ne sont rien auprès de la totalité du grand tout.

12. Vidisti hominem sapientem sibi videri? Magis illo spem habebit insipiens. Prov. 26
As-tu vu un homme qui se figure sage? Un dément donnera plus que lui à espérer.

13. Quare ignoras quomodo, anima conjungitur corpori, nescis opera Dei. Eccl. II.
Puisque tu ignores comment l'âme est unie au corps, tu ne connais pas l'oeuvre de Dieu.

14. Citation grecque. Sextus Empiricus, Hypotyposes, I, 21.
Cela peut être et cela peut ne pas être.

15. Citation grecque. Platon, Cratyle.
Le bon est admirable.

16. Citation grecque.
L'homme est d'argile

17. Nolite esse prudentes apud vosmetipsos. Ad Rom. XII.
Ne soyez point sages à vos propres yeux.

18. Citation grecque. Stobée, De superbia, sermo, XXII, p. 189.
La superstition obéit à l'orgueil comme à son père.

19. Citation grecque. Hérodote, VII, 10.
Dieu ne laisse personne d'autre que lui-même s'enorgueillir.

20. Summum nec metuas diem nec optes. Martial, Épigrammes, X, 47.
Ne crains ni ne souhaite ton dernier jour.

21. Nescis homo, hoc an illud magis expediat, an aeque utrumque. Eccl. II.
Homme, tu ne sais si ceci ou cela te convient plus, ou l'un et l'autre également.

22. Homo sum, humani a me nihil alienum puto. Térence, Heautontimorumenos, I, 1.
Je suis homme, je considère que rien d'humain ne m'est étranger.

23. Ne plus sapias quam necesse est, ne obstupescas. Eccl., 7.
Ne sois pas plus sage qu'il ne faut, de peur d'être stupide.

24. Si quis existimat se aliquid scire, nondum cognovit quomodo oportet illud scire. Cor. VIII.
L'homme qui présume de son savoir ne sait pas encore ce que c'est que savoir.

25. Si quis existimat se aliquid esse, cum nihil sit, ipse se seducit. Ad Galat. VI.
L'homme qui n'est rien, s'il pense être quelque chose, se séduit soi-même et se trompe.

26. Ne plus sapite quam oporteat, sed sapite ad sobrietatem. Rom. XII.
Ne soyez pas plus sages qu'il ne faut

27. Citation grecque. Xénophane.
Aucun homme n'a su, ni ne saura rien de certain.

28. Citation grecque. Euripide, cité par Stobée, De superbia, sermon 119, ed. de 1559, p. 609.
Qui sait si vivre est ce qu'on appelle mourir, et si mourir c'est vivre?
[Cette même question d'Euripide est reprise par Chestov, et traduite en français par Boris de Schloezer de la façon suivante: "Qui sait, il se peut que la vie soit la mort, et que la mort soit la vie". Léon Chestov: La philosophie de la tragédie, Flammarion 1966, p. 20. Note de l'éditeur HTML]

29. Res omnes sunt difficiliores quam ut eas possit homo consequi. Eccl. I.
Toutes les choses sont trop difficiles pour que l'homme puisse les comprendre.

30. Citation grecque. Homère, Iliade, XX, 249.
On peut dire beaucoup de paroles dans un sens et dans l'autre.

31. Humanum genus est avidum nimis auricularum. Lucrèce, De natura rerum, IV, 598.
Le genre humian est excessivement avide de récits.

32. Quantum est in rebus inane. Perse, I, 1.
Quelle inanité dans les choses!

33. Per omnia vanitas. Eccl., I.
Partout vanité!

34. ... Servare modum finemque tenere
Naturamque sequi. Lucain, Pharsale, II, 381.
Garder la mesure, observer la limite et suivre la nature.

35. Quid superbis, terra et cinis? Eccl. X, 9.
Pourquoi te glorifier, terre et cendre?

36. Vae qui sapientes estis in oculis vestris. Isa. V.
Malheur à vous qui êtes sages à vos propres yeux!

37. Fruere jucunde praesentibus, caetera extra te.
Jouis agréablement du présent, le reste est en dehors de toi.

38. Citation grecque. Sextus Empiricus, Hypotyposes, I, 6 et 27.
À tout raisonnement on peut opposer un raisonnement d'égale force.

39. .. Nostra vagatur
In tenebris nec caeca potest mens cernere verum.
Michel de l'Hospital.
Notre esprit erre dans les ténèbres et ne peut, aveugle qu'il est, discerner le vrai.
[Michel de l'Hospital fut ce conseiller du roi (Charles IX) à l'origine de tentatives de paix et de tolérance entre catholiques et protestants ; cf. la note sur le Colloque de Poissy de 1561, dans la page sur l'Édit de Nantes. En somme, en matière de tolérance, le doute a du bon. Note de l'éditeur HTML].

40. Fecit Deus hominem similem umbrae de qua post solis occasum quis judicabit? Eccl. 7.
Dieu a fait l'homme semblable à l'ombre, de laquelle qui jugera quand, par l'éloignement de la lumière, elle sera évanouie?

41. Solum certum nihil esse certi et homine nihil miserius aut superbius. Pline, Histoire naturelle, II, 7.
Il n'y a rien de certain que l'incertitude, et rien plus misérable et plus fier que l'homme.

42. Ex tot Dei operibus nihilum magis cuiquam homini incognitum quam venti vestigium. Eccl. XI.
De toutes les oeuvres de Dieu, rien n'est plus inconnu à n'importe quel homme que la trace du vent.

43. Citation grecque. Euripide, Hippolyte, 104.
Chacun des dieux et des hommes a ses préférences.

44. Citation grecque. Ménandre, dans Stobée, CXVII.
L'opinion que tu as de ton importance te perdra, parce que tu te crois quelqu'un.

45. Citation grecque. Épictète, Enchiridion.
Les hommes sont tourmentés par l'opinion qu'ils ont des choses, non par les choses mêmes.

46. Citation grecque. Euripide, Colchide.
Il est bien que le mortel ait des pensées qui ne s'élèvent pas au-dessus des hommes.

47. Quid aeternis minorem
consiliis animum fatigas?
Horace, Odes, II, 11.
Pourquoi fatiguer ton esprit d'éternels projets qui te dépassent?

48. Judicia Domini abyssus multa. Psalm. 35.
Les jugements du Seigneur sont un profond abîme.

49. Citation grecque. Sextus Empiricus, Hypotyposes, I.
Je ne décide rien.

50. Citation grecque. Sextus Empiricus, Hypotyposes, 22.
Je ne comprends pas.

51. Citation grecque. Sextus Empiricus, Hypotyposes, 23.
Je suspends mon jugement.

52. Citation grecque. Sextus Empiricus, Hypotyposes, 26.
J'examine.

53. More duce et sensu.
En ayant pour guides la coutume et les sens.

54. Judicio alternante.
Par le raisonnement alternatif.

55. Citation grecque. Sextus Empiricus.
Je ne puis comprendre.

56. Citation grecque.
Rien de plus.

57. Citation grecque.
Sans pencher d'un côté.

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Pierre Cohen-Bacrie


13 mars 2008



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