MACHIAVEL
1469-1527
.
Sans doute Machiavel détestait la tyrannie, mais il est bien lâche et bien honteux... Rousseau.


Introduction / Le Prince / Citations / Jugements
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INTRODUCTION


 
 
Auteur du Prince, Niccolò Machiavelli,
florentin et démocrate, dut faire face à la coalition
du Pape, des Espagnols et des Vénitiens ligués pour restaurer
le pouvoir ducal des Médicis, contre la fragile République de Florence.
En faire le suppôt des tyrans et un prévaricateur de la politique, ainsi que
le voient ses critiques moraux, c'est feindre de ne pas comprendre un texte
dense et réfléchi, résultat d'une expérience vécue et de lectures approfondies,
dont le legs qu'il nous fit nous amène à repenser la politique d'une façon plus lucide
et, en même temps, à choisir non seulement la liberté, mais les efforts nécessaires pour la garder.


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Revêtu des habits de cour royale et pontificale, l'auteur du Prince

Niccolò Machiavelli


Un grand lecteur et un grand politique : Machiavel se dit

né pour lire les Anciens, selon l'idéal de la Renaissance,

se repaître de politique, "aliment qui par excellence

est le mien", revêtu "des habits de cour royale

et pontificale", et pour écrire Le Prince
 

Confidence "calculée" de Machiavel, à propos de la rédaction du Princedans sa disgrâce :

"Le soir tombe. Je retourne au logis. Je pénètre dans mon cabinet et, dès le seuil, je me dépouille
de la défroque de tous les jours, couverte de fange et de boue, pour revêtir des habits de cour
royale et pontificale; ainsi honorablement accoutré, j'entre dans les cours antiques des
hommes de l'Antiquité. Là, accueilli avec affabilité par eux, je me repais de l'aliment
qui par excellence est le mien, et pour lequel je suis né. Là, nulle honte à parler
avec eux, à les interroger sur les mobiles de leurs actions, et eux, en vertu de
leur humanité, ils me répondent. Et, durant quatre heures de temps, je ne
sens pas le moindre ennui, j'oublie tous mes tourments, je cesse de
redouter la pauvreté, la mort même ne m'effraie pas. Et comme
Dante dit qu'il n'y a pas de science si l'on ne retient pas ce que
l'on a compris, j'ai noté de ces entretiens avec eux ce que j'ai
cru essentiel et composé un opuscule De principatibus
je creuse de mon mieux les problèmes que pose un tel
sujet: ce que c'est que la souveraineté, combien
d'espèces il y en a, comment on l'acquiert,
comment on la garde, comment on
la perd." Lettre à Francesco
Vettori, 10 décembre 1513,
Florence.


J'ose donner des règles de conduite à ceux qui gouvernent
Machiavel

Comment a-t-on pu souffrir dans le monde ce scélérat infâme?

Frédéric de Prusse alors élève de Voltaire
L'anti-machiavel


Le poison de Machiavel est trop public, il fallait que l'antidote le fût aussi

Voltaire, préface à l'Anti-Machiavel


La place de l'opinion dans Le Prince :

Machiavel conseille de ne se reposer en rien sur l'opinion

(changeante, superficielle, de gens en général lâches et ingrats);

il conseille donc de compter essentiellement sur la force et la ruse.

Cependant, par ruse, pourquoi ne pas, en plus, manipuler l'opinion et

se faire aimer de la foule, sans oublier qu'il est "plus sûr d'être craint que

d'être aimé"? C'est tout l'art du bien paraître, avoir une bonne réputation, etc.

(attention au contresens: il ne faut pas être ce qu'on paraît - du moins quand on gouverne).

À K. Desbuquois - janvier 1998
 
 

Le Prince en résumé :

"L'auteur montre régulièrement le prince devant une alternative :

il y a toujours une bonne et une mauvaise solution.

Le malheur veut que la bonne solution sur le plan moral

soit souvent la mauvaise sur le plan politique et inversement.

Il s'agit là d'une nécessité, à cause de la faiblesse et de la lâcheté du peuple."
 

Extrait d'un résumé par courrier électronique (1998)



"Ce passage de Machiavel jette un jour singulier sur le comportement qui sera celui de

Catherine de Médicis pendant plusieurs années: 'Tu peux sembler doux, fidèle, humain, religieux, loyal,

et l'être même; mais il faut retenir ton âme en tel accord avec ton esprit qu'au besoin

tu saches changer en sens contraire. Un prince, et surtout un prince nouveau,

qui veut se maintenir, doit bien comprendre qu'il ne peut observer

en tout ce qui fait regarder les hommes comme vertueux;

puisque souvent, pour maintenir son état dans

l'ordre, il est dans la nécessité d'agir contre

sa foi, contre les vertus de charité

et même contre sa religion.

Son esprit doit être

disposé à se tourner

selon que les vents et

les variations de la fortune

l'exigent de lui.' Non point que je

veuille insinuer que Machiavel fut le maître à

penser de Catherine, mais elle était florentine comme lui

et Le Prince avait été dédié, en 1531, à Laurent II de Médicis."

Georges Bordonove, Les Rois qui ont fait la France, Les Valois, tome 6, Henri III,

Éditions Pygmalion / Gérard Watelet, Paris, 1988, p. 45.
 
 

L'oeuvre de Machiavel dans La Pleïade
 

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CITATIONS


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JUGEMENTS CONTRADICTOIRES SUR MACHIAVEL
 
 

"Les uns en font un démocrate sincère qui décrit les abus du pouvoir tyrannique pour

mieux susciter la révolte (La Houssaye). D'autres un sadique suppôt des tyrans qui prend plaisir à

la violence, à la cruauté et à l'injustice (Frédéric II, Voltaire). Certains pensent que c'est un lâche qui,

pour sauver sa vie compromise avec la démocratie, se range du côté du futur Prince (Rousseau).

Gramsci, lui, pense que l'oeuvre de Machiavel est datée et correspond à l'effort de création

des États nationaux au XVIe siècle. Claude Lefort y voit posé le problème du pouvoir en

termes plus ou moins classistes. Seul, Merleau Ponty, dan ses Notes sur Machiavel,

reconnaît l'énigme: le machiavélisme peut-il être compris comme synonyme de

calcul secret et coupable pour le pouvoir alors qu'il vend la mèche?"

Pierre Cohen-Bacrie, "Machiavel et Spinoza",

Revue Philosopher No 3, 1987.


Voici le jugement porté en 1939 sur la soi-disant dépravation morale du machiavélisme

par Antonio Gramsci, lui-même alors croupissant dans les prisons mussoliniennes:

«Fourvoyés par le problème moral de ce qu'on appelle le machiavélisme,

ils [les critiques bien-pensants de Machiavel] n'ont pas vu qu"il était

le théoricien génial du pouvoir d'État érigé en absolu à son époque»

[Louis XI, Elisabeth I, Yvan le Terrible, Ferdinand d'Aragon]
 



 

Une clé pour comprendre le machiavélisme
 

Pierre Bayle, dans son Dictionnaire historique et critique

conclut avec ces citations de Machiavel son article sur Louis VII, célèbre par sa piété,

mais qui n'hésita pas, malgré sa vertu, à encourager la rébellion des fils contre leur père :

Extrait du projet ARTFL de l'Université de Chicago. Original 688k.

 

 



Lorenzaccio

Ce personnage de la pièce de Musset cherche aussi, mais sans illusion, à libérer Florence

de ses ducs et fait face, comme Brutus, à un échec somme toute prévisible.

Philippe n'est pas moins vertueux que Pier Paolo Soderini,

personnage réel de la vie de Machiavel,

ni plus porté à l'action.



Hugo, dans les Châtiments,

voit dans l'alliance du sabre et du goupillon, au 19e siècle

une répétition de l'effort de tromper le peuple déjà dénoncé par Machiavel:

"Des sabres sont partout posés sur les provinces.

L'autel ment. [...]

Saint-Père, on voit du sang à tes sandales blanches !

Borgia te sourit, le pape empoisonneur."

Les Châtiments, Livre I, XII, Carte d'Europe.

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modifié le 9 mars 2008
 
 

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