Vie de François-René de Chateaubriand
(1768- 1848)
Éléments biographiques d'un génie du... romantisme

 
René
«la nuit [...] il me semblait que la vie redoublait au fond de mon coeur,
que j'aurais la puissance de créer des mondes»
René

 
enfance / adolescence / âge adulte / âge mûr / vieillesse 
 Kensington / sources / oeuvres / amours / tombeau

 
Nourrissant au fond de son coeur de coriaces illusions et en proie à de longues espérances
le héros romantique ne marche pas, il court, ne demeure pas, il voyage, mieux, il erre; 
c'est lui dont le galop au bord d'une falaise fait retentir la nuit entre l'infini de la mer 
et celui du vent, lui encore qui, sous l'orage violent, en appelle un autre d'une autre 
nature, lui que, dans les allées d'un cimetière de campagne, enveloppé de sa cape 
noire, l'on voit déambuler à l'occasion. Quand il part, c'est pour se rendre compte 
que les espaces indéfinis de la nature ou les agitations des grandes villes 
ne sont rien face à une pensée humaine, quand il revient s'enfermer 
dans une petite maison, c'est pour y raviver des idéaux grandioses. 
Terriblement fort et tristement faible, fort dans ses potentialités 
non entièrement réalisées et faible dans son individualité 
sensible et sujette à ressentir toutes les souffrances humaines, 
il pleure, larmes mélées de pluie, dans un enthousiasme où toute ruine 
se transfigure en prédestination à renaître, où une attente formidable fait de lui 
un être si semblable à nous, partageant la condition humaine, en déréliction, mais 
osant encore mesurer la vie à l'aune des idéaux. Parvenu au faît, il n'a de cesse que 
de le quitter pour y revenir et en repartir, toujours en quête d'on ne sait quoi ou d'on ne sait qui. 
Se condamnant lui-même, ou condamné par la vie (et par la mort des êtres chers) à une 
solitude réflexive non dépourvue de sentiment esthétique, même 
«dans le désert de la foule», le héros romantique est accablé 
et soulevé d'une espérance toujours déçue, mais 
savamment entretenue, jusqu'à la fin.

Commentaire de Philosophie, éducation, culture.
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Enfance

 
Le Château de Combourg.

«Qu'il fallait peu de choses à ma rêverie! une feuille séchée que le vent chassait
        devant moi, une cabane dont la fumée s'élevait dans la cime dépouillée des arbres,
la mousse qui tremblait au souffle du Nord sur le tronc d'un chêne, une
        roche écartée, un étang désert où le jonc flétri murmurait!»
René

 
Né le 4 septembre 1768, à Saint-Malo, en nourrice pendant trois ans, Chateaubriand est le fils d'Apolline de Bedée, dame de Chateaubriand (qui décédera en 1798) et de René-Auguste de Chateaubriand, comte de Combourg (qui décèdera en 1786). Il a un frère Jean-Baptiste de Chateaubriand (qui sera guillotiné en 1794) et quatre soeurs : Marie-Anne, Bénigne, Julie de Chateaubriand, comtesse de Farcy (qui décèdera en 1799) et Lucile de Chateaubriand, madame de Caud (qu'il aimera tant et qui décèdera en 1804). Il suit sa famille qui s'installe au château de Combourg en 1777, après l'incendie de leur hôtel particulier de Saint-Malo. Il étudie au collège de Dol à partir de 1781, puis aux collèges de Rennes et de Dinan.
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Adolescence

 
«mes longs silences, mes tristesses sans cause et tous les caprices
d’une nature malheureuse qui se déplaît et croit déplaire aux autres.»
Mémoires d'Outre-Tombe

 
En 1786, ce jeune noble n'ayant pu obtenir un brevet d'aspirant de la marine commence une carrière militaire dans le Régiment de Navarre stationné à Cambrai. François-René est présenté au roi en 1787. Il est retiré du service actif en 1788 et est nommé «Cadet-gentilhomme» le 10 septembre. Tonsuré, il est fait Chevalier de Malte. Il assiste, à 20 ans, à l'ouverture des États de Bretagne, à Rennes, préparatoires des États Généraux, ni marin, ni soldat, ni prêtre.
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L'âge adulte

 
Chateaubriand 98.-Rennes : Comité breton du Cent-cinquantenaire de la mort de F. R. de Chateaubriand ; Institut Culturel de Bretagne
«montons sur ce nuage ; 
que le vent nous porte dans le ciel»

 
Chateaubriand s'installe à Paris au moment des désordres, parfois sanglants, qui accompagnent la mutation sociale et politique inaugurée par les États Généraux. Après la prise de la Bastille, c'est le 6 octobre 1789 sur les Champs-Élysées que Chateaubriand aperçoit la famille royale qui rentre à Paris, plutôt de force que de gré. En 1791, Chateaubriand part pour l'Amérique. Après 5 mois en Amérique et une tempête, de retour en France en 1792, Chateaubriand épouse Céleste Buisson de la Vigne, passe à Paris et décide d'émigrer à Bruxelles avec son frère Jean-Baptiste. Blessé au siège de Thionville, il est licencié de l'armée des émigrés le 16 octobre et s'embarque pour Jersey.

 
En janvier 1793, Louis XVI est décapité. Chateaubriand est en exil à Londres. En 1797, François-René y publie l'Essai sur les révolutions.

Le 9 novembre 1799, c'est le coup d'État du 18 Brumaire. Chateaubriand revient à Paris avec un faux passeport. Il s'apprête à publier le Génie du christianisme. En 1801, il bénéficie d'une mesure de clémence et est radié de la liste des émigrés. Bonaparte le nomme secrétaire de légation à Rome en 1803. Il revient à Paris en 1804, s'installe à l'hôtel de France, mais donne sa démission après l'exécution du Duc d'Enghien le 21 mars 1804.

 
En 1806, a lieu son voyage en Orient (Athènes, Constantinople et Jérusalem). Il tente en 1807 de revenir à Paris où sa présence n'est pas souhaitée par la police du premier Empire. À son retour de Terre-Sainte, il s'installe donc à la Vallée aux Loups, «près du hameau d'Aulnay, dans le voisinage de Sceaux et de Chatenay.» Il parvient à publier Les Martyrs en 1809. Il est élu à l'Académie française en 1811.

 
Après l'Empire, en 1814, Chateaubriand est nommé ministre en Suède, fait Croix-de-Saint-Louis et colonel de cavalerie par la Restauration. Pendant les cent jours, il est nommé ministre de l'intérieur par interim accompagnant le roi Louis XVIII dans sa fuite. Après les cent jours, il est nommé ministre d'État et pair de France. En 1816, il est privé de sa pension de ministre d'État pour avoir publié De la monarchie selon la Charte.

 
En 1821, Chateaubriand est ministre plénipotentiaire à Berlin, mais il démissionne la même année. Il est nommé membre du Conseil privé, encore une fois ministre d'État et fait Chevalier de la légion d'honneur. En 1822, il est ambassadeur à Londres, puis ministre des Affaires étrangères pour avoir plu à Georges IV et au Tzar Alexandre. En 1824 Chateaubriand doit quitter le ministère. À la mort de louis XVIII, Chateaubriand participe au sacre du roi Charles X.
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L'âge mûr

 
je descendrai hardiment, le crucifix à la main, dans l'éternité
«visiter autour des églises le dernier asile de l'homme :
le cimetière est le champ de famille, et la religion la patrie universelle»
Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, livre trente-septième, chap. II,
Tome II dans La Pleïade, p. 657, 23 mai 1833

 
En 1826, il vend ses Oeuvres complètes, s'installe à Lausanne, puis rentre à Paris, où il habite rue d'Enfer. Il s'oppose à la censure : «la liberté de la presse a été presque l'unique affaire de ma vie politique». Après 1830, il ne reconnaitra pas Louis Philippe, roi bourgeois des Français, ce qui mit fin à sa carrière politique. En 1836, il prépare la publication des Mémoires d'Outre-Tombe. Il voyage à Clermont, Toulouse, Cannes, Lyon et rentre à Paris, où il réside dans l'ancien hôtel de Clermont-Tonnerre, rue du Bac. En 1841, Chateaubriand appuie son ami Lammenais emprisonné. En 1843, c'est à la Trappe de Soligny que Chateaubriand prépare la Vie de René.
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La vieillesse

 
lieu romantique, le cratère bout sous la cendre
Le cratère du Vésuve où il descendit

«On peut faire ici des réflexions philosophiques et prendre en pitié les choses humaines.»
Chateaubriand, Voyage de Naples - le Vésuve, 1804.

 
Interminable, la vie de François-René? Il voyage à Venise en 1845, demeure quelque temps à Marseille. De retour à Paris, il a un accident de voiture en 1846. Sa femme meurt en 1847. La deuxième République est proclamée le 25 février 1848. Il meurt le 4 juillet, suivi en 1849 de son amie de toujours madame Récamier.
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Le parc de Kensington à Londres

 
Les Kensington Gardens sont idéaux pour leur calme.

 
Ce hâvre de nature et de silence au coeur de la ville, qui est pour toutes et tous
une occasion de réflexion, de solitude, de promenades et de rêveries,
fut un véritable lieu de pélerinage pour Chateaubriand
qui y vint trois fois :
en 1793, émigré,
en 1822, ambassadeur,
en 1843, «toujours solitaire».
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Source des éléments biographiques


Chateaubriand lui-même
dans ses Mémoires d'Outre-Tombe.  

 
Rappel de quelques dates, in Mémoires d'Outre-Tombe, tome I,
introduction et notes par Maurice Levaillant et Georges Moulinier
Éditions Gallimard, collection de la Pleïade, pages XXXIII à XLII.
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Ses oeuvres


 
sur le site de Philosophie, éducation, culture
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Ses amours

 
«La beauté, frivolité sérieuse, reste quand toutes les autres sont passées.»
Sainte-Beuve, toujours trop sévère dans ses jugements, le considère
comme «un épicurien qui avait l'imagination catholique».

 
Lucile, sa soeur, pour qui il eut un amour platonique. Elle épousa en 1796
monsieur de Caud, de 37 ans plus âgé qu'elle, et dont elle fut veuve un an plus tard;

 
Charlotte Ives, fille du pasteur de Bungay, young lady, pour qui il éprouva
peu à peu «le charme timide d'un attachement sorti de l'âme»;

 
Céleste Buisson de la Vigne, qui deviendra sa femme;

 
Pauline de Montmorin-Saint-Hérem, comtesse de Beaumont (1768-1803), amie de madame de Staël,
 fille d'Armand-Marc comte de Montmorin-Saint-Hérem qui fut ambassadeur de Louis XVI à 
Madrid, secrétaire d'État (ou ministre) des Affaires étrangères de Louis XVI. Presque toute 
sa famille fut exécutée pendant la Révolution et la Terreur. Son Salon bleu de la rue 
Neuve-du-Luxembourg fut célèbre dès 1794, avec la «petite société»des amis du 
Premier Consul qui oeuvraient pour le Concordat avec le Vatican. Elle inspira un 
amour platonique au philosophe Joseph Joubert, ami de de Fontanes et de 
Chateaubriand. C'est en 1801 qu'elle fit la rencontre de Chateaubriand, 
«l'Enchanteur» qui «joue du clavecin sur toutes les fibres de mon âme».
 «L'hirondelle» du Génie duChristianisme, dans la maison d'été de 
Courterente à Savigny-sur-Orge, cette année-là, recueillit les 
citations nécessaires à l'auteur. Atteinte de phtisie, 
elle pris les eaux brièvement au Mont Dore, 
près de Courpière, dans le Puy-de-Dôme 
où sa famille posséda la seigneurie de 
La Barge et le manoir de Bélime sur 
les rives de la Dore (eau minérale du Salet).
Chateaubriand se rendra en Auvergne après sa disparition, 
survenue le 4 novembre 1803 alors qu'elle était allée le rejoindre à Rome 
où il avait été nommé par Bonaparte secrétaire du cardinal Fesch. 
Une mort romantique, après avoir contemplé les ruines du Colisée
en compagnie de l'Enchanteur (cf. Mémoires d'Outre-Tombe, II, XV, chapitre 4)
«chaque sourire de la malade me rendait la vie et me la faisait perdre en s'effaçant».
Le tombeau de marbre de Pauline, sculpté en 1805, se trouve dans la belle église 
de Saint-Louis des Français, la Chiesa Di S. Luigi Dei Francesi
dans la Ville qui se crut éternelle.

 
Delphine de Sabran, marquise de Custine, rencontrée en 1802;

 
Claire-Louise-Rose-Bonne de Kersaint,
Duchesse de Duras, sa soeur spirituelle;

 
Nathalie de Laborde, comtesse de Noailles,
plus tard duchesse de Mouchy, avec qui il habite en 1807;

 
Cordelia de Greffulhe, comtesse de Castellane, rencontrée en 1823;

 
Hortense Allard, rencontrée à Rome;


Léontine de Villeneuve, Comtesse de Castelbajac,
rencontrée en 1829 aux eaux de Cauterets, âgée de 26 ans;
 l'admiratrice occitanienne fut un amour tardif qui demeura platonique.
Chateaubriand l'appelait : «la jeune amie de ses vieux ans»;

 
Juliette Récamier, l'amie de toujours.
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Son tombeau

Tombe de François-René de Chateaubriand
sur l'île de Grand Bé près de Saint-Malo


«Il dormira là-dessous, la tête tournée vers la mer ; dans ce sépulcre bâti sur un écueil, son immortalité sera comme fut sa vie, déserte des autres et toute entourée d'orages. Les vagues après les siècles murmureront longtemps autour de ce grand souvenir ; dans les tempêtes elles bondiront jusqu'à ses pieds, où, les matins d'été, quand les voiles blanches se déploient et que l'hirondelle arrive d'au delà des mers, longue et douce, elles lui apporteront la volupté mélancolique des horizons et la caresse des larges brises. Et les jours ainsi s'écoulant, pendant que les flots de la grève natale iront se balançant toujours entre son berceau et son tombeau, le coeur de René devenu froid, lentement, s'éparpillera dans le néant, au rythme sans fin de cette musique éternelle.»
Gustave Flaubert.


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modifié le 10 mars 2008

 
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Pierre Cohen-Bacrie

 
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