François-René de Chateaubriand
(1768-1848)
Les hyper-liens des citations donnent accès aux oeuvres électroniques suivantes:
Les Martyrs, Atala, Génie du christianisme, René, Les Mémoires d'outre-tombe.

 
René
Page biographique sur 
Philosophie, éducation, culture

 
"Levez-vous vite, orages désirés qui devez emporter René dans les espaces d'une autre vie !"
Ainsi disant, je marchais à grands pas, le visage enflammé, le vent sifflant dans ma chevelure,
ne sentant ni pluie, ni frimas, enchanté, et comme possédé par le démon de mon coeur.
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LE MAL DU SIÈCLE


 
Spleen
Melancholia, Albert Dürer, 1514.

 
On habite avec un coeur plein un monde vide,
et sans avoir usé de rien, on est désabusé de tout.
Le Génie du christianisme
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UNE JEUNESSE LUGUBRE


 
Château de Combourg
Le triste château de Combourg

 
Le calme morne du château de Combourg était augmenté par l'humeur taciturne et insociable
de mon père [...] Mon père commençait alors une promenade, qui ne cessait qu'à l'heure
de son coucher. Il était vêtu d'une robe de ratine blanche, ou plutôt d'une espèce de
manteau que je n'ai vu qu'à lui. Sa tête, demi-chauve, était couverte d'un grand
bonnet blanc qui se tenait tout droit. Lorsqu'en se promenant il s'éloignait du
foyer, la vaste salle était si peu éclairée par une seule bougie qu'on ne le
voyait plus, on l'entendait seulement encore marcher dans les ténèbres;
puis il revenait lentement vers la lumière et émergeait peu à peu de
l'obscurité, comme un spectre, avec sa robe blanche, son
bonnet blanc, sa figure longue et pâle.
Mémoires d'outre-tombe
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PRÉDILECTION POUR L'AUTOMNE

 
Scène d'automne
Gelée blanche, Pissaro, Musée d'Orsay, Paris.

 
Un caractère moral s'attache aux scènes de l'automne: ces feuilles qui tombent comme nos ans,
ces fleurs qui se fanent comme nos heures, ces nuages qui fuient comme nos illusions, cette
lumière qui s'affaiblit comme notre intelligence, ce soleil qui se refroidit comme nos
amours, ces fleuves qui se glacent comme notre vie, ont
des rapports secrets avec nos destinées.
Mémoires d'outre-tombe
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L'AMITIÉ AMOUREUSE

Juliette Récamier

 
Il me semble que tout ce que j'ai aimé, je l'ai aimé dans Mme Récamier,
et qu'elle était la source cachée de mes affections
Mémoires d'outre-tombe

 
Visite de La Vallée-aux-Loups
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LA NATURE


 
Les solitudes de la nature
Nature vierge, Ciudad del Este, Paraguay.

 
Il est seul au fond des forêts, mais l'esprit de l'homme remplit aisément les espaces de la nature,
et toutes les solitudes de la terre sont moins vastes qu'une seule pensée de son coeur.
Génie du christianisme
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Une critique de Rousseau

Au reste, je ne suis point comme M. Rousseau, un enthousiaste des Sauvages; et quoique j'aie peut-être autant à me plaindre de la société, que ce philosophe avait à s'en louer, je ne crois point que la pure nature soit la plus belle chose du monde. Je l'ai toujours trouvée fort laide, partout où j'ai eu l'occasion de la voir. Bien loin d'être d'opinion que l'homme qui pense soit un animal dépravé, je crois que c'est la pensée qui fait l'homme.
Atala (préface de Chateaubriand).

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Un jugement sévère sur Voltaire

J'ai découvert derrière Ferney une étroite vallée où coule un filet d'eau de sept à huit pouces de profondeur; ce ruisselet lave la racine des quelques saules, se cache çà et là sous des plaques de cresson et fait trembler des joncs sur la cime desquels se posent des demoiselles aux ailes bleues. L'homme des trompettes a-t-il jamais vu cet asile de silence, tout contre sa retentissante maison? Non sans doute: eh! Bien, l'eau est là; elle fuit encore; je ne sais pas son nom; elle n'en a peut-être pas: les jours de Voltaire se sont écoulés; seulement sa renommée fait encore un peu de bruit dans un petit coin de notre petite terre, comme ce ruisselet se fait entendre à une douzaine de pas de ses bords.
On diffère les uns des autres: je suis charmé de cette rigole déserte; à la vue des Alpes, une palmette de fougère que je cueille me ravit; le susurrement d'une vague parmi des cailloux, me rend tout heureux; un insecte imperceptible qui ne sera vu que de moi et qui s'enfonce sous une mousse ainsi que dans une vaste solitude, occupe mes regards et me fait rêver. Ce sont là d'intimes misères, inconnues du beau génie qui près d'ici déguisé en Orosmane jouait ses tragédies, écrivait aux princes de la terre et forçait l'Europe à venir l'admirer dans le hameau de Ferney. Mais n'était-ce pas là aussi des misères? La transition du monde ne vaut pas le passage de ces flots, et quant aux rois, j'aime mieux ma fourmi.
Une chose m'étonne toujours quand je pense à Voltaire: un esprit supérieur, raisonnable, éclairé est resté complètement étranger au christianisme; jamais il n'a vu ce que chacun voit, que l'établissement de l'Évangile, à ne considérer que le rapport humain, est la plus grande révolution qui se soit opérée sur la terre: il est vrai de dire qu'au siècle de Voltaire, cette idée n'était venue dans la tête de personne. Les théologiens défendaient le christianisme comme un fait accompli, comme une vérité fondée sur des lois émanées de l'autorité spirituelle et temporelle; les philosophes l'attaquaient comme un abus venu des prêtres et des rois: on n'allait pas plus loin que cela. Je ne doute pas que si l'on eût pu présenter tout à coup à Voltaire l'autre côté de la question, son intelligence lucide et prompte n'en eût été frappée: on rougit de la manière mesquine et bornée dont il traitait un sujet qui n'embrasse rien moins que la transformation des peuples, l'introduction de la morale, un principe nouveau de société, un autre droit des gens, un autre ordre d'idées, le changement total de l'humanité. Malheureusement le grand écrivain qui se perd en répandant des idées funestes, entraîne beaucoup d'esprits d'une moindre étendue dans sa chute: il ressemble à ces anciens despotes de l'Orient sur le tombeau desquels on immolait des esclaves.
Génie du christianisme
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L'ANTI-BONAPARTISME

L'enlèvement du Duc d'Enghien
Bientôt un meurtre plus fameux consterna le monde civilisé. On crut voir renaître ces temps de barbarie du Moyen-Âge, ces scènes que l'on ne trouve plus que dans les romans, ces catastrophes que les guerres de l'Italie et la politique de Machiavel avaient rendues familières au delà des Alpes. [...] À la lueur des flambeaux, sous les voûtes d'une prison, le petit-fils du grand Condé est déclaré coupable d'avoir comparu sur des champs de bataille : convaincu de ce crime héréditaire, il est aussitôt condamné. En vain il demande à parler à Buonaparte [...] Son corps est enterré furtivement, et Bossuet [Oraison funèbre du très haut et très puissant prince Louis de Bourbon, prince de Condé, premier du sang : prononcée dans l'église de Nostre-Dame de Paris le 10e jour de mars 1687] ne renaîtra point pour parler sur ses cendres.
 De Buonaparte et des Bourbons
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LE CHRISTIANISME

Esplanade du Temple
La Jérusalem terrestre vue du ciel
Au centre des mondes créés, au milieu des astres innombrables qui lui servent
de remparts, d'avenues et de chemins, flotte cette immense cité de Dieu,
dont la langue d'un mortel ne sauroit raconter les merveilles.
L'éternel en posa lui-même les douze fondements.
Jérusalem, in Les Martyrs, 1809.