HONORÉ DE BALZAC
(1799-1850)

 

 

Balzac, par Rodin; la statue scandaleuse, elle aussi.
Balzac par Rodin

Ivre en buvant de l'eau, intempérant de travail. George Sand.
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Littérature et pensée politiquement correcte

Un jeune écrivain qui a écrit de bonnes choses, mais qui fut emporté ce jour-là par le sophisme socialistique, se plaçant à un point de vue borné, attaque Balzac dans La Semaine, à l'endroit de la moralité. Balzac, que les amères récriminations des hypocrites faisaient beaucoup souffrir, et qui attribuait une grande importance à cette question, saisit l'occasion de se disculper aux yeux de vingt mille lecteurs. Je ne veux pas refaire ses deux articles ; ils sont merveilleux par la clarté et la bonne foi. Il traita la question à fond. Il commença par refaire avec une bonhomie naïve et comique le compte de ses personnages vertueux et de ses personnages criminels. L'avantage restait encore à la vertu, malgré la perversité de la société, que je n'ai pas faite, disait-il. Puis il montra qu'il est peu de grands coquins dont la vilaine âme n'ait un envers consolant. Après avoir énuméré tous les châtiments qui suivent incessamment les violateurs de la loi morale et les enveloppent déjà comme un enfer terrestre, il adresse aux coeurs défaillants et faciles à fasciner cette apostrophe qui ne manque ni de sinistre ni de comique : «Malheur à vous, messieurs, si le sort des Lousteau et des Lucien vous inspire de l'envie !»

Charles Baudelaire, Les Drames et les romans honnêtes (in La Semaine théâtrale, novembre 1857).

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Oeuvres numérisées


Il y écrivit la Comédie humaine.
Il arrache à tous quelque chose, aux uns l'illusion,
aux autres l'espérance, à ceux-ci un cri,
à ceux-là un masque.
Victor Hugo


La comédie humaine (Edition Furne, Paris 1842-1848 et Furne, Paris 1853-1855 pour le tome XVIII)

Gallica met en ligne, grâce aux éditions Acamédia, plus de 95 livres en édition HTML pratique.


Le colonel Chabert (1842)

ABU

 
Le chef-d'oeuvre inconnu

ABU

La femme de trente ans
Gallica

Eugénie Grandet (1839)

Gallica. Aussi, sur un autre serveur, le début.

 
La peau de chagrin (1831)
Gallica

 
L'élixir de longue vie
ABU

 
La fille aux yeux d'or

ABU

Le père Goriot (1835)
Gallica


Lecture hypertextuelle de la Comédie humaine
Un mode de lecture ciblé, pas tout à fait nouveau, mais dont l'immédiateté renouvelle l'intérêt. Une manière de plonger dans l'oeuvre et d'en ressortir. C'est tomber sur un livre ouvert à une page qui attire les yeux et en profiter pour commencer par là, ce qui est un début qui en vaut un autre.
Un exemple: le poète.


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Château de Sache, en pays de Loire.
Château de Sache (1829-1848)
Balzac, grand terrible, complexe aussi, figure le monstre d'une civilisation,
et toutes ses luttes, ses ambitions et ses fureurs.Charles Baudelaire.

Balzac, vu par Baudelaire


BAUDELAIRE, Charles (1821-1867) : Comment on paie ses dettes quand on a du génie (in Le Corsaire-Satan, 24 novembre 1845).
 

L'anecdote suivante m'a été contée avec prières de n'en parler à personne : c'est pour cela que je veux la raconter à tout le monde.

... Il était triste, à en juger par ses sourcils froncés, sa large bouche moins distendue et moins lippue qu'à l'ordinaire, et la manière entrecoupée de brusques pauses dont il arpentait le double passage de l'Opéra. Il était triste.

C'était bien lui, la plus forte tête commerciale et littéraire du dix-neuvième siècle ; lui, le cerveau poétique tapissé de chiffres comme le cabinet d'un financier ; c'était bien lui, l'homme aux faillites mythologiques, aux entreprises hyperboliques et fantasmagoriques dont il oublie toujours d'allumer la lanterne ; le grand pourchasseur de rêves, sans cesse à la recherche de l'absolu ; lui, le personnage le plus curieux, le plus cocasse, le plus intéressant et le plus vaniteux des personnages de La Comédie humaine, lui, cet original aussi insupportable dans la vie que délicieux dans ses écrits, ce gros enfant bouffi de génie et de vanité, qui a tant de qualités et tant de travers que l'on hésite à retrancher les uns de peur de perdre les autres, et de gâter ainsi cette incorrigible et fatale monstruosité !

Qu'avait-il donc à être si noir, le grand homme ! pour marcher ainsi, le menton sur la bedaine, et contraindre son front plissé à se faire Peau de chagrin ?

Rêvait-il ananas à quatre sous, pont suspendu en fil de liane, villa sans escalier avec des boudoirs tendus en mousseline ? Quelque princesse, approchant de la quarantaine, lui avait-elle jeté une de ces oeillades profondes que la beauté doit au génie ? ou son cerveau, gros de quelque machine industrielle, était-il tenaillé par toutes les Souffrances d'un inventeur ?

Non, hélas ! non ; la tristesse du grand homme était une tristesse vulgaire, terre à terre, ignoble, honteuse et ridicule ; il se trouvait dans ce cas mortifiant que nous connaissons tous, où chaque minute qui s'envole emporte sur ses ailes une chance de salut ; où, l'oeil fixé sur l'horloge, le génie de l'invention sent la nécessité de doubler, tripler, décupler ses forces dans la proportion du temps qui diminue, et de la vitesse approchante de l'heure fatale. L'illustre auteur de la Théorie de la lettre de change avait le lendemain un billet de douze cents francs à payer, et la soirée était fort avancée.

En ces sortes de cas, il arrive parfois que, pressé, accablé, pétri, écrasé sous le piston de la nécessité, l'esprit s'élance subitement hors de sa prison par un jet inattendu et victorieux.

C'est ce qui arriva probablement au grand romancier. Car un sourire succéda sur sa bouche à la contraction qui en affligeait les lignes orgueilleuses ; son oeil se redressa, et notre homme, calme et rassis, s'achemina vers la rue Richelieu d'un pas sublime et cadencé.

Il monta dans une maison où un commerçant riche et prospérant alors se délassait des travaux de la journée au coin du feu et du thé ; il fut reçu avec tous les honneurs dus à son nom, et au bout de quelques minutes exposa en ces mots l'objet de sa visite :

«Voulez-vous avoir après-demain, dans Le Siècle et les Débats, deux grands articles Variétés sur Les Français peints par eux-mêmes, deux grands articles de moi et signés de mon nom ? Il me faut quinze cents francs. C'est pour vous une affaire d'or».

Il paraît que l'éditeur, différent en cela de ses confrères, trouva le raisonnement raisonnable, car le marché fut conclu immédiatement. Celui-ci, se ravisant, insista pour que les quinze cents francs fussent livrés sur l'apparition du premier article ; puis il retourna paisiblement vers le passage de l'Opéra.

Au bout de quelques minutes, il avisa un petit jeune homme à la physionomie hargneuse et spirituelle, qui lui avait fait naguère une ébouriffante préface pour la Grandeur et décadence de César Birotteau, et qui était déjà connu dans le journalisme pour sa verve bouffonne et quasi impie ; le piétisme ne lui avait pas encore rogné les griffes, et les feuilles bigotes ouvert leurs bienheureux éteignoirs.

«Édouard, voulez-vous avoir demain 150 francs ? - Fichtre. - Eh bien ! venez prendre du café».

Le jeune homme but une tasse de café, dont sa petite organisation méridionale fut tout d'abord enfiévrée.

«Édouard, il me faut demain matin trois grandes colonnes Variétés sur Les Français peints par eux-mêmes» ; le matin, entendez-vous, et de grand matin ; car l'article entier doit être recopié de ma main et signé de mon nom ; cela est fort important».

Le grand homme prononça ces mots avec cette emphase admirable, et ce ton superbe, dont il dit parfois à un ami qu'il ne peut pas recevoir : «Mille pardons, mon cher, de vous laisser à la porte ; je suis en tête à tête avec une princesse, dont l'honneur est à ma disposition, et vous comprenez...»

Édouard lui donna une poignée de main, comme à un bienfaiteur, et courut à la besogne.

Le grand romancier commanda son second article rue de Navarin.

Le premier article parut le surlendemain dans Le Siècle. Chose bizarre, il n'était signé ni du petit homme ni du grand homme, mais d'un troisième nom bien connu dans la Bohème d'alors pour ses amours de matous et d'Opéra Comique.

Le second ami était, et est encore, gros, paresseux et lymphatique ; de plus, il n'a pas d'idées, et ne sait qu'enfiler et perler des mots en manière de colliers d'Osages, et, comme il est beaucoup plus long de tasser trois grandes colonnes de mots que de faire un volume d'idées, son article ne parut que quelques jours plus tard. Il ne fut point inséré dans les Débats, mais dans La Presse.

Le billet de 1 200 francs était payé ; chacun était parfaitement satisfait, excepté l'éditeur, qui l'était presque. Et c'est ainsi qu'on paie ses dettes... quand on a du génie.

Si quelque malin s'avisait de prendre ceci pour une blague de petit journal et un attentat à la gloire du plus grand homme de notre siècle, il se tromperait honteusement ; j'ai voulu montrer que le grand poète savait dénouer une lettre de change aussi facilement que le roman le plus mystérieux et le plus intrigué.

Charles Baudelaire

Saisie du texte : S. Pestel pour la collection électronique de la Bibliothèque Municipale de Lisieux

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Autres liens


"Vous cherchez l' homme tel qu' il devrait être ; moi, je le prends tel qu' il est. Croyez-moi, nous

avons raison tous deux. [...] Mais ces êtres vulgaires m' intéressent plus qu' ils ne vous
intéressent. Je les grandis, je les idéalise, en sens inverse, dans leur laideur ou leur
bêtise. Je donne à leurs difformités des proportions effrayantes ou grotesques."
Balzac à George Sand, selon Histoire de ma vie, de G. S.

 

 

Maison de Balzac

47, rue Raynouard , 75016 Paris
L'écrivain doit être familiarisé avec tous les effets, toutes les natures.
Il est obligé d'avoir en lui je ne sais quel miroir concentrique
où, suivant sa fantaisie, l'univers vient se réfléchir.
Honoré de Balzac, préface à La Peau de chagrin.


 Le poète

De l'Université de Nice: les occurences du terme "poète" dans l'oeuvre de Balzac.
Un exemple tiré des Les Illusions Perdues: «Tout s'excuse et se justifie à une époque où l'on a transformé la vertu en vice [...] La prétendue trahison du poète fut alors envenimée et embellie des circonstances les plus aggravantes. Lucien fut nommé le petit Judas».
Retour aux oeuvres numérisées: lecture hypertextuelle de la Comédie humaine.


La tombe de Balzac, au cimetière du Père-Lachaise à Paris: encore fleurie, un siècle et demi après sa mort.

Extrait du discours de Victor Hugo sur ce lieu même, le 21 août 1850: Tous ses livres ne forment qu'un livre, livre vivant, lumineux, profond, où l'on voit aller et venir, et marcher et se mouvoir, avec je ne sais quoi d'effaré et de terrible mêlé au réel, toute notre civilisation contemporaine, livre merveilleux que le poète a intitulé Comédie et qu'il aurait pu intituler Histoire... Livre qui est l'observation et qui est l'imagination; qui prodigue, le vrai, l'intime, le bourgeois, le trivial, le matériel et qui par moments, à travers toutes les réalités brusquement et largement déchirées, laisse tout à coup entrevoir le plus sombre et le plus tragique idéal. A son insu, qu'il le veuille ou non, qu'il y consente ou non, l'auteur de cette oeuvre immense et étrange est de la forte race des écrivains révolutionnaires. Balzac va droit au but. Il saisit à bras le corps la Société moderne. Il arrache à tous quelque chose, aux uns l'illusion, aux autres l'espérance, à ceux-ci un cri, à ceux-là un masque.


Le grand amour d'Honoré de Balzac

Article du Magazine littéraire à propos de la publication de ses lettres à madame Hanska.


Bibliothèque virtuelle (partie de: Philosophie, éducation, culture).

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PHILOSOPHIE, EDUCATION, CULTURE


 

modifié le 9 mars 2008

Pierre Cohen-Bacrie
 

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Compteur
 



 
 

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