Une famille dans l'histoire


Les dieux, jaloux de ces marionnettes perfectionnées, s'ingénient à rendre la vie humaine pénible, selon les anciens Grecs.

Fable de Roland Bacri / La vraie histoire sous la fausse fable
Michel Cohen Bacri, de Livourne à Alger / Bonaparte et la maison Bacri
Salomon Cohen Bacri et la Grande Nation / Bacri, Bonaparte et Talleyrand


Cette enquête historique et familiale a duré huit ans et se complète encore ; elle intéressera sans
doute tous les membres de la famille, tout en éclairant un aspect de l'histoire de France ;
mais, si elle peut ressembler parfois à une fable, elle a une morale :
plus que la fortune comptent la liberté et l'égalité des droits.

Des documents déposés à la BN, consultés en décembre 2012, feront l'objet d'un ajout.
Ils concernent les activités de banque avec une dette du Roi d'Espagne
injustement raflée par la France en 1830 : c'est la Créance Bacri.
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La Lion y la pitit' moche

La Lion y la pitit' moche est une fable de la Fontaine,
avec quelques mots changés par Roland Bacri,
en sabir (ne pas confondre avec le pataouète),
pour (back)rire d'une histoire de famille

Alger, 1827,
le Dey (le lion: la Lion),
le Consul (petite mouche: pitit' moche).

«Vatan, inn al oualdik, bogri di salopri!»
Ci comm'ça qui parli, afic on' pitit' moche
La Lion di l'Atlas. «Ji ti touill' si t'abroche,
Ispic di grand salti. L'argeann' ti m'la tot'pris.»
La pitit' moche de France y loui dit: «Quisqui-ci?
Ji crois qui j'en a l'droit por passi par ici.
Barc' qui vos it's lion, ah! ti fir ton malin?
Bacri, riann il a fit, il i dans l'droit chimin.
Y si bor fir blisir, ti vo fir la bataille,
Ji ti cass' ton figoure, ispic' di grand' canaille!
Moi ji mi fot de toi, barc' que j'ti fir consul-
tation diplomatiqu', toi li Dey, moi l' consul.
J'y fi quisqui ji vo, mon Roi il i content.
Si toi ti fir mariol, bon tant pis ji fo l'camp.»
La Lion y s'mittra tot à fit en colère,
Mais la p'tit' moche y vol' bor qu'y piqu' son darrière.
L'aute y prend son chass'-moche, paf! il loui a donné.


Moraliti

Bor que divan l'Histoire, (ou Divan Dey d'Alger)
Bian gagni son broci afic lion d'l'Atlas,
Quand on est zraëlite,
Bor qu'la part du lion, vous l'avez obligé,
Pas bisoan prendr' la moche, li tracas, l'soci, rhlass!
Barc' qu'Allah il y grand, Mohamed son profite.


Roland Bacri (le petit poète du Canard enchaîné), Les Rois d'Alger, Grasset, 1988.
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La vraie histoire cachée sous la fausse fable

Page titre de La Bacriade
La Bacriade ou la Guerre d'Alger, par Barthélémy et Méry, Paris, A. Dupont et Cie, 1827.
Historique humoristique de l'affaire Bacri: envoi par le dey d'Alger d'une ambassade en Egypte
et à Paris pour arrêter Bacri; difficultés du consul auprès du dey; récit plaisant du coup d'éventail;
départ de Deval. Dénombrement des troupes de la Régence.
La Bacriade a été rééditée dans le livre de Roland
Bacri : La légende des siestes, en 2000.

La fable de Roland Bacri fait référence à l'affaire du soufflet (coup d'éventail ou de chasse-mouches) du dey Hussein Ibn-Al Hussein (1765-1838) au consul de France Pierre Deval le 30 avril 1827, prétexte diplomatique du débarquement français en Algérie, qui eut lieu en 1830 à Sidi-Ferruch. Source: entre autres, Historia Magazine, numéro 199 : Une Terre et des Hommes, par Jacques Kohlman, et l'article de Roland Bacri: "Bacri-Busnach, Rois d'Alger" (pp 161-164). Photocopie: Daniel Busnach, Jérusalem.

En toile de fond: le blé livré par les Bacri à la Révolution française, une histoire "impayable" qui aboutit à l'affaire Bacri-Busnach, ou la singulière destinée d'une famille dans l'histoire dans le triangle Alger-Livourne-Paris.

1. Alger
 

 

Porte interne du Harem du palais (Sérail) de Topkapi à Istambul.
Il reste le trône du Sultan Murat III de 250 kg d'or (salle d'audiences),
deux chandeliers de 48 kg d'or rehaussés de 6666 diamants
et, entre autres inestimables richesses, le diamant Pigot
(86 carats), ainsi que des reliques du Prophète.
C'est la porte Bâb-i Humayun (Porte impériale),
de marbre noir et blanc et à voûte en ogive,
qui a donné son nom à l'Empire turc :
la Sublime Porte.
 

La famille Cohen-Bacri avait probablement quitté l'Espagne pour cause d'Inquisition en 1492. Elle s'établit en territoire sous administration de la Porte (nom donné à l'Empire turc, en raison de la porte impériale du palais de Topkapi à Istambul, datant de 1478), dans la vallée du Nil et, plus tard, à Alger (en passant par Livourne): les musulmans acceptaient alors les peuples du livre; si l'idée de leur accorder un statut égal ne les effleurait pas (ils avaient donné aux Juifs le statut de Dhimmi, ou citoyens de deuxième catégorie), du moins étaient-ils restés étrangers alors au fondamentalisme religieux fanatique qui possédait les souverains catholiques.

Demeure de Michel Cohen Bacri à Alger
Aujourd'hui : Musée national des arts et traditions populaires

Toutefois, le pogrome de 1806 à Alger coûta la vie à plus de 300 Juifs et, mis à part, les «Juifs du statut Toscan» (plus ou moins protégés par le Dey à cause de leur statut international, dont les Cohen-Bacri), «le cours de leur vie (celle des Juifs d'Alger) n'est qu'un mélange affreux de bassesses, d'oppressions et d'outrages... Je crois qu'aujourd'hui les Juifs d'Alger sont peut-être les restes les plus malheureux d'Israël», déclarait William Shaler, consul américain, dans son Esquisse de l'État d'Alger, traduit de l'anglais, édité chez Bianchi, à Paris, en 1830.
Autant pour le mythe du bon traitement réservé aux Juifs dans ces pays.
Sources : Exposé de Richard Ayoun, Les Juifs d'Algérie avant la conquête française, cité ici. Aussi : Richard Ayoun et Bernard Cohen, Les Juifs d'Algérie : deux mille ans d'histoire, Paris, J.C. Lattès, 1982.

L'actuel Musée national des arts et traditions populaires d'Alger est situé dans le palais loué en 1783 à Michel Cohen Bacri (
"riche commerçant juif originaire de Livourne qui s’installa à Alger en 1770". Source.). C'est ce lieu, situé rue Souk El-Djemâa, dans la partie basse de la médina d’EL-Djazair, qu'Aziza Cohen Bacri, fille de Jacob Cohen Bacri (lui-même fils de Michel) fit visiter à l'impératrice Eugénie en 1860.

Il se peut qu'un Cohen Bacri soit arrivé directement d'Espagne en Algérie, puisque on mentionne à Bougie, au quinzième siècle, David Cohen Bacri (1410-1500), suivi de Shmuel Cohen Bacri (1470-1550) et de Moshe Cohen Bacri (1550-1620), selon le rabbin Marciano qui confirme l'existence de Yaakov Cohen Bacri («Head of Nation») ainsi que de «Yosef fils de Yaakov» [selon d'autres sources, il s'agirait de David fils de Joseph] décapité à Alger en 1811. Source.

Créées à Florence par Cosme Ier, en 1569, après 32 ans de règne

Archives Médicis - Palazzo Vecchio

2. Livourne

Les Médicis qui furent grands ducs de Toscane pendant près de deux siècles (1537-1743), ayant compris l'intérêt de la liberté du négoce, avaient invité à Livourne en 1569 des Juifs du Portugal qui avaient été forcés de se convertir au christianisme. Cette communauté juive maranne bénéficia de la protection des Médicis qui leur épargna l'Inquisition pour apostasie! C'est à cet appel que les Bacri répondirent, venant, eux, de la vallée du Nil où ils avaient conservé leur religion après avoir été exilés d'Espagne, rejoignant alors cette nouvelle communauté au coeur de l'Europe.

construction navale à Livourne
Construction navale à Livourne, nuova terra promessa

Mais c'est en 1576 que les Juifs levantins obtinrent du Duc Francesco I de Médicis le droit de faire du commerce maritime à Livourne. En témoigne la lettre du même Duc au Roi Philippe II d'Espagne qui demande un sauf-conduit pour ces sujets étrangers, qui navigueront sous pavillon français, vénitien ou raguséen et qui pourront fournir des renseignements sur les agissements turcs (en réalité c'est un prétexte imaginé par Francesco I de Médicis pour obtenir l'accord de son puissant allié). Source:les archives grand ducales des Médicis (Archivio di State di Firenze, 1569-1743). "A Livorno non vi fu mai ghetto"**, écrit Gabriele Bedarida dans Gli Ebrei a Livorno, soulignant "il clima di tolleranza e relativa libertà" qui régnait alors à Livourne (Leghorn en anglais) "nuova terra promessa". Le cimetière hébraïque recueille quelques unes des pierres tombales des deux autres cimetières* que le régime fasciste a "expropriés"!

Port franc de Livourne aux temps de la Mare Toscana

Les Bacri et les Busnach s'associèrent et devinrent des familles alliées. Le témoignage immobile de la pierre peut être consulté en visitant la Villa Busnack-Bacrì (anciennement Villa Peri), située via Calzabigi à Livourne. Les fondateurs de la famille Bacri d'Alger partirent de Livourne au dix-septième siècle, tout en gardant sans doute des liens à Livourne même. Dans son article "Sépharades et barbaresques", l'auteur de La communaute Juive de Livourne et de La Nation Juive Portuguaise - Livourne, Amsterdam, Tunis 1591-1951 fait mention de "Coen Bacri" en 1809.

Ceci est confirmé par les archives de l'amirauté anglaise qui ont conservé deux appels interjetés auprès des autorités britanniques pour récupérer des navires (ou leur cargaison) pris par des corsaires - on distinguait alors les «bonnes prises», prises à l'ennemi, et les prises à restituer appartenant à des pays neutres ou liés par des traités :
- Le 18 décembre 1798, appel interjeté à Gibraltar par un capitaine allemand du nom de Antonio Callinich qui déclare naviguer sur le navire «La Estella» appartenant à Natale Busgnach (sic) et Joseph Cohen Bacri, agents du Dey d'Alger et que la cargaison appartient au Dey lui-même.
- En 1799, Laurence Oliver interjette appel à Minorque, arguant que la cargaison de blé capturée dans le navire «La Madonna del Rosario», battant pavillon raguséen, appartient à Joseph Cohen Bacri d'Alger.

Source : Portland (London) Correspondence: Official and Governmental Papers, 1778-1807.

3. Paris
«Deux négociants algériens, Bacri et Busnach, banquiers de la Régence [on appelait ainsi Alger], avaient fait des fournitures considérables en approvisionnements au gouvernement français, de 1793 à 1798, pour nos armées en Italie et pour l'expédition d'Égypte.» Source: Société de militaires et de gens de lettres, France militaire : Histoire des armées françaises de terre et de mer, de 1792 à 1837, d'après les Bulletins des armées, le Moniteur, les documents officiels, les notes, mémoires, rapports et ouvrages militaires de l'Empereur Napoléon, etc., revu et publié par A. Hugo, auteur de l'Histoire de Napoléon, à Paris, 1838, chez Delloye, éditeur de la France pittoresque, tome cinq, pp 329-330. Gallica.

Bien, mais alors, pourquoi le Dey d'Alger est-il si irrité contre le consul de France plus de 30 ans après?
C'est que les paiements ont été suspendus par la France, et le Dey d'Alger s'estimait lésé en partie (pour les impôts qui lui revenaient). Le consul de France Pierre Deval, qui prit ses fonctions en 1815, promit de régler rapidement cette histoire alors vieille de 25 ans. Il y eut effectivement une commission composée de deux conseillers d'État nommée par la France pour discuter avec "Jacob-Coëns Bacri [sic!] et Michel Busnach, négociants algériens", donnant lieu à une entente du 28 octobre 1819 signée à Paris, qui ramenait la dette française de 14 millions qu'elle était à sept millions. S'ensuivit une loi du 24 juillet 1820 prélevant les fonds et en immobilisant une bonne partie du même coup pour parer à d'autres créances...

Une fois désigné par le Divan, il ne put refuser de régner car cela lui aurait créé trop d'ennemis puissants parmi ses concurrents et parmi les dignitaires de la Sublime Porte. Il échappa à une tentative d'assassinat de ses Janissaires avides de recevoir le cadeau de bienvenue du prochain dey.
Hussein Pacha (1765-1838),
nommé par la Sublime Porte,
sur consultation du Divan, cour
réservée au siège du gouvernement
à l'intérieur du palais Topkapi à Istambul.
Hussein dirigea les destinées de la Régence
de 1818 à 1830, il fut le dernier des 28 deys d'Alger.
Personnage colérique, il n'eut qu'un regret : ne pas avoir fait
étrangler le Consul Deval, ce qu'il appelait passer au «cordon»,
car, plus que la vie (dit-il), la vengeance lui tenait à coeur. Il mourut
dans son lit, en exil doré à Naples, entouré de ses femmes et serviteurs.

La Régence réclamera «Busnach et Nathan Bacri, accusés par le Dey de s'être partagé les 7 millions, d'accord avec Deval». La réponse de la France fut «que Busnach s'était retiré à Livourne et que Nathan Bacri avait été naturalisé français». Lorsque, en avril 1827, le consul Deval répondra au Dey qu'il n'y avait pas de développement dans cette affaire, le Dey Hussein donna libre cours à son caractère emporté et frappa le consul de France à plusieurs reprises de son éventail ****. Le refus du Dey de s'excuser et les complications dipomatiques qui suivirent entraînèrent, le 13 juin 1830, à huit heures du matin, la flotte française à se présenter en rade de la presqu'île de Sidi Ferruch portant trois divisions d'infanterie. L'armée française entrera à Alger le 5 juillet. On trouvera plus tard dans le trésor du Dey plus de 48 millions; Hussein perdit tout hormis de trois à neuf millions, ses trois femmes et cent serviteurs des deux sexes qui le suivirent en exil à Naples après la conquête française d'Alger.
Source (sauf le commentaire): Société de militaires et de gens de lettres, France militaire :Histoire des armées françaises de terre et de mer, de 1792 à 1837, d'après les Bulletins des armées, le Moniteur, les documents officiels, les notes, mémoires, rapports et ouvrages militaires de l'Empereur Napoléon, etc., revu et publié par A. Hugo, auteur de l'Histoire de Napoléon, à Paris, 1838, chez Delloye, éditeur de la France pittoresque, tome cinq, p. 341. Gallica.

Parmi les corroborations et reprises :
«Les Bacri et les Busnach, juifs algériens qui avaient le monopole des grandes affaires dans la Régence, avaient fait à la Première République des fournitures de grains qui n'étaient pas encore réglées en 1815. Le gouvernement de la Restauration comprit cette créance dans la liquidation générale qu'il avait entreprise : un accord de 1819 en fixa le montant à 7 millions de francs.
En 1827, la somme n'était pas encore recouvrée. Des créanciers de Bacri s'étaient révélés et mettaient opposition aux paiements. Les tribunaux étaient saisis, à charge d'examiner le bien fondé de leurs réclamations. D'où la lenteur extrême. Mais, de son côté, le Dey d'Alger était aussi créancier de Bacri, et il insistait avec la plus grande véhémence pour que son débiteur fût enfin payé. C'était au Consul de France à Alger, Deval, à lui faire prendre patience. L'affaire finit mal.»

Source : L'Algérie jusqu'à la pénétration saharienne, par J.M. Bourget, ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé de l'Université, Publications du Comité national métropolitain du centenaire de l'Algérie (1930?), IIIe partie : L'Algérie et la France, p. 46.

«Celle-ci [l'expédition d'Alger de 1830] eut pour cause un incident d'importance secondaire, assez mal élucidé d'ailleurs, le coup d'éventail porté par le dey Hussein au consul Deval, le 29 avril 1827, au cours d'une discussion relative au règlement de fournitures de grain faites, sous la première république, par deux israëlites algériens, Bacri et Busnach.» Source : E. Albertini, G. Marchais, G. Yver, L'Afrique du Nord française dans l'Histoire, éditions Archat, Lyon-Paris, 1937, p. 237.

«Les Algériens, qui nous ont apporté du pain, et qui depuis six mois nous demandent de l'argent», écrit le journaliste parisien Balestrier en septembre 1796. Un an plus tard, le journal Le Surveillant mentionne un «Jacob Cour-Bairé, négociant algérien domicilié à Marseille» - il s'agit évidemment de Jacob Cohen-Bacri qui attend le paiement du blé fourni à la France affamée. Source : L'événement du jeudi, 27 mars 1991.

Note **** : le Dey Hussein donna libre cours à son caractère emporté et frappa le consul de France à plusieurs reprises de son éventail : selon des sources locales, il ne fit que le toucher du bout de son éventail pour lui indiquer la sortie. Or, la monarchie légitimiste se portait, en un certain sens aristocratique, garante de l'honneur national : on ne touche pas à un consul de France, fut-ce du bout de son éventail pour lui montrer la porte. On comprend la vanité des efforts déployés par une certaine historiographie pour atténuer le geste méprisant du Dey. Choc des cultures : d'une part, la France n'entend pas que son consul, bien que non musulman, puisse être traité comme un dhimmi ; d'autre part, que les armes puissent faire légitimement valoir le bon droit (contrairement à l'infinie négociation), voilà bien une conviction de la noblesse restaurée. Il n'y a jamais une cause unique à une guerre, mais celle-ci n'est pas la moindre.

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Une famille dans l'histoire

Lieux inanimés, avez-vous donc une âme?

La fontaine à l'entrée de la demeure
de Michel Cohen Bacri à Alger
(partie basse de la médina)
rue Souk El-Djemâa

On trouve trace de Michael Cohen Bacri, fondateur de la maison de commerce, né à Livourne (appelée Leghorn par les Anglais) et établi à Alger (El-Djezaïr) en 1770 ou 1774, avec des relations familiales à Marseille, Gênes, Livourne, Manchester, Naples, Alexandrie et Tunis; exil rendu prospère par le commerce international du blé. Ce furent ses fils qui contribuèrent à sauver le Sud de la France de la famine sous la Révolution et le Directoire en 1793 en exportant des quantités considérables d'orge et de blé avec l'appui du Dey d'Alger***. C'est dans les années 1795-1797 que les négociants en blé Bacri et Busnach, représentés auprès du Comité de salut public de la Convention par Jacob Bacri, mandaté par le Dey Sidi-Hassan en 1795, ont fourni à la République française, une et indivisible, du blé algérien. Ce blé devait servir, rappelons le, à la campagne d'Égypte de Bonaparte, entre autres, et ne fut pas payé. D'où le "contentieux de la dette Bacri" (La Créance Bacri est déposée à la Bibliothèque Nationale).

Ce contentieux s'inscrivit comme l'une des causes de la conquête de l'Algérie. Il faut dire que la France avait depuis 1561 un comptoir commercial en Algérie et veillait à ses intérêts par tous les moyens. Napoléon Ier, toujours prévoyant, avait même fait dresser une carte de l'Algérie et repéré le meilleur lieu de débarquement : Sidi-Ferruch. C'est Charles X, Roi très-chrétien de France et de Navarre, selon la formule traditionnelle qu'il avait restaurée, qui, contre vents et marées (contre les Anglais et contre Talleyrand), ordonna le débarquement, le 14 juin 1830. Source: entre autres, "La Colonisation en Algérie: création, développement, relations et chute", in La Colonie du Cap et l'Algérie, mémoire par Ada Sanchis, Université Nice Sophia Antipoli; reproduit dans Pieds Noirs : nos ancêtres d'Algérie, 1830-1962, par G. Brisson et R. Vella.

La Villa Maria, Museo Mascagnano, rue Calzabigi
à Livourne, est voisine de la Villa Busnack-Bacri
 
Joseph Cohen-Bacri, fils de Michael, épousa la fille de Naftali Boujenah, fusionnant les deux principales maisons de commerce d'Alger. L'affaire Bacri-Busnach est donc un autre nom donné à l'affaire Bacri-Boujenah. En tout cas, grâce à Wouter Busnach, d'Amsterdam, et aux vertus de l'Internet, nous savons maintenant qu'il était allié de Nephtali Ben Moses Busnach, surnommé le "Vice-Roi d'Alger", assassiné lors du pogrom de 1805. Selon le grand rabbin d'Alger, Maurice Eisenbeth, Nephtali Busnach, riche négociant d'Alger était établi à Constantine dont le bey était son ami. "Le 15 févier 1798, il devint l'associé de son oncle et beau-père Joseph Cohen Bacri [...] Le vendredi 28 juin 1805, à 7 heures du matin, Nephtali Busnach fut tué par un janissaire dans le bureau du représentant du Bey de Constantine". En conséquence les familles Busnach et Bacri se replièrent sur Livourne, sauf Joseph Cohen Bacri, son fils David et Michel Busnach, qui restèrent pour liquider les comptes. La Régence fit saisir leurs navires en mer et réclama une rançon pour leur vie.

des souvenirs romancés pour ne pas oublier le roman de la vie
Mokadem ou «roi des juifs»

David Cohen-Bacri, fils de Joseph, parvint à se faire nommer Mokaddem de la communauté (chef de la nation) et fit rayer la rançon des livres de la Régence, mais il fut décapité en 1811. Son père Joseph lui succéda, mais dut se retirer à Livourne à cause de conflits intra-communautaires. Jacob Cohen-Bacri, frère de Joseph, était représentant de la maison à Marseille ["Michel Busnach et, surtout, Jacob Cohen-Bacri gardent le contact avec la Barbarie", source marseillaise] et à Paris. Il rentra à Alger ou il fut Mokadem de 1816 à 1831, sous quatre deys successifs. Parmi ses fonctions, en 1826, celle de Consul général de Toscane.

Les relations avec l'Algérie (turque, à l'époque) restèrent houleuses. Une flotte française dut croiser en 1827 devant Livourne pour protéger le Duché de Toscane que l'Algérie sommait de livrer les Bacri et les Busnach. En Algérie même, Jacob Bacri reçut chez lui, à Alger, le général de Bourmont, commandant l'armée française d'occupation. La famille Bacri, (abrégé de Cohen Bacri ou Coen-Bacri, [parfois déformé en Coens Bacri ou même en Cour-Bairé!] aujourd'hui Cohen-Bacrie) est française par naturalisation, depuis 1816 (David Cohen-Bacri, à Alger), 1827 (Nathan Bacri), 1852 (Rosa Bacrie, à Constantine) et par loi depuis 1870 (Décret Crémieux). C'est entre 1956 et 1962 que la famille quitta l'Algérie pour la France. L'auteur de cette page possède la double nationalité: française et canadienne.
 

Bacri

Le nom, d'origine hébraïque ou italo-arabe, serait dérivé de "Bekhor" qui signifie au sens propre fils aîné et au sens figuré précoce, empressé, qui devance les désirs des autres. Cet additif à "Cohen" a aussi été interprêté comme une référence aux prêtres du Temple qui assuraient le service le matin. Selon la racine arabe il signifie bouvier ou marchand de bétail. Il peut aussi résulter de l'italianisation d'un autre mot arabe. Merci à Paul Cohen-Bacrie pour la transmission de ces renseignements.

Hussein Ibn-Al Hussein s'irrite contre le Consul de France envoyé par Charles X, Alger, 1827.
Le soufflet

"1797-1827. Affaire Bacri-Busnach: 1797, deux négociants algérois, Bacri et Busnach, vendent pour 14 millions de blé à la République française (impayés). 1818, Hussein, créditeur de Bacri et Busnach, réclame cette somme à Louis XVIII. 1826, Hussein écrit à Charles X pour se plaindre de la longueur du procès, pas de réponse. 1827, à la réception officielle de Baïram, Hussein demande à Deval, consul de France, s'il a une lettre de Charles X. Réponse négative. Hussein, furieux, frappe Deval d'un coup de chasse-mouches. Rupture des relations diplomatiques, blocus d'Alger, débarquement à Sidi-Ferruch." Dominique et Michèle Frémy, Quid, Robert Laffont. Citépar Roland Bacri en exergue de son livre Les Rois d'Alger, op. cit.

"L'affaire de Bône pillée au cours d'une insurrection kabyle, les captures de navires et le défaut de paiements des créances Bacri, dont le dey d'Alger se plaint, tels sont, au début de 1827, les litiges entre le dey et la France. Pour couronner le tout, le dey a pris le consul Pierre Deval en aversion. Il l'accuse d'être aux gages de Bacri et la cour de France soupçonne Hussein de réclamer son rappel pour toucher le présent d'usage que lui doit tout nouveau consul. Le 30 avril 1827, la discussion s'envenime. Le dey, suivant l'étiquette orientale, se lève et ordonne au consul de sortir. Deval ne bouge pas, le dey le frappe du manche de son éventail. Deval rend compte de l'incident." Le Coup d'éventail, in La Colonie du Cap et l'Algérie, mémoire par Ada Sanchis, Université Nice Sophia Antipoli.

 Le fait est attesté de manière originale par les Mémoires d'un esclave (George Simon Frederik Pfeiffer) au chapitre 22: "He [Dey Hussein] impetuously insisted on the immediate payment of two millions five hundred thousand franks, which were arrearages from the first years of the French republic, when both the Jewish mercantile houses, Bacri and Bosnack, in Algiers, furnished grain for the French government. [...] Mr. Deval replied, the demands were by all means just, and were acknowledged as such by his government; but..."

Le même auteur rend ce témoignage du rôle joué par les Bacri à Alger à cette époque, en 1830, après la conquête française: "his punishment [il s'agit d'un jeune interprète passé en cour martiale] was so much mitigated through the influence of Bacri, king of the Jews, that he was only expelled from the interpreters'corps.", chapitre 35. Source: The voyages and five years' captivity in Algiers of Doctor G.S. F. Pfeiffer, giving a true description of the customs, manners, and habits of the different inhabitants of the country of Algiers, written by himself. Translated from the second german edition by I. Daniel Rupp, Harrisburg, PA, John Winebrenner, Printer, 1836.

"«Le contentieux de la dette Bacri, négociant algérois qui avait vendu du blé au Directoire, et à laquelle le dey Husayn ibn al-Husayn (1765 - 1838) était intéressé, conduit à l'expédition d'Alger (Al Djazair) (1830) et à la conquête de l'Algérie (1830 -1857).» Source : Jean Billard, Abrégé d'histoire des routes : 8 - Au dix-neuvième siècle, Laboratoire central des Ponts et Chaussées.

"La maison Bacrie et Busnach avait importé des blés d'Afrique en France, en prêtant leur concours à la Compagnie d'Afrique et à Vallière. La dette de la République, déjà considérable en 1795, s'accrut sous la Convention Nationale, et le Directoire, lui aussi, eut recours aux mêmes. Aucun de ces gouvernements n'ayant pensé à régler les comptes, les Bacri [...] avaient fini par réclamer l'appui du Dey pour récupérer leurs avances." Maurice Eisenbeth, Grand Rabbin d'Alger.

" De simples créances privées devenaient affaire d'État". Gabriel Esquer, La prise d'Alger, 1830, Paris.

«De 1791 à 1796, deux juifs algériens, Bacri et Busnach, avaient fourni au gouvernement de la République des blés pour une valeur de plus de deux millions. Ils s'étaient même chargés, en 1798, d'approvisionner, dans l'île de Malte, les magasins affectés à la subsistance de l'Armée d'Égypte.» rapporte Camille Rousset, de l'Académie française, dans son livre La Conquête d'Alger, paru en 1880 chez Plon.

Faisant suite aux «inextricables complications» liées à la déclaration de guerre de la Sublime Porte à la République française, dont on profita pour ne pas payer les Bacri, finalement, une somme de 7 millions [moitié de la somme réclamée de 14 millions] fut convenue en règlement [Acte du 28 octobre 1819, ratifié par la Loi des finances du 24 juillet 1820], dont un montant de 2 500 000 fut mis en réserve à la caisse des dépôts et consignations pour faire face aux créances éventuelles de français envers les Bacri. «Ce n'était pas l'affaire du Dey Hussein, qui, de gré ou par menace, s'était associé d'abord, puis tout à fait substitué au droit des Bacri». op.cit. p. 23.

«Envoyez-nous toutes ces différentes sommes [incluant l'intérêt] par vos propres mains», écrivit le Dey Hussein écrivit le 14 septembre 1824 au baron de Damas, successeur de Chateaubriand au ministère des Affaires étrangères. On connait la suite avec le coup d'éventail porté au Consul Deval en 1827 et la conquête de 1830, après laquelle : «les Juifs très nombreux dans Alger, durent garder, suivant leur coutume, leur organisation particulère, sous un chef qui fut l'un des fils du vieux Bacri [Jacob]». op. cit. p. 241. Jacob Bacri (ou Cohen-Bacri) continua en effet de jouer un rôle, car il avait des correspondants qui l'informaient aussi bien en Algérie qu'en France, et il annonça par exemple [non sans plaisir, on le croit bien] au maréchal de Bourmont le transfert du pouvoir aux Orléans et le rétablissement de la cocarde tricolore.

«The French military authorities reconfirmed Jacob Bacri as muqaddam ( mekdam or mokdam in the French transcriptions), or "head of the Jewish nation." He was charged with overseeing and directing Jewish affairs in Algiers.». Ce maintien d'une autonomie juive sous l'administration française dura de 1830 à 1836. Source : Norman A. Stillman (Professor of Judaic History at the University of Oklahoma), The Jews of Arab Lands in Modern Times, The Jewish Publication Society, Philadelphia, August 2003.
 
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Signature de Napoléon Bonaparte

Bonaparte et la maison Bacri

«Je vous prie, Citoyen Ministre, d'envoyer chercher les correspondants de la compagnie Barkry (sic) d'Alger et de leur faire connaître que je voudrais envoyer en Egypte deux millions (sic) de bouteilles de vin, de l'eau de vie, des liqueurs, des draps, des médicaments et de l'huile; les bâtiments en retour apporteront du riz, du café, de l'indigo et du verre. Je voudrais être sûr qu'une partie de ces objets, le tiers par exemple, partis des cotes de Provence dans le courant de Nivôse pour arriver à Alexandrie en Ventôse.

Plusieurs personnes offrent au gouvernement de se charger de cette entreprise, mais je préfère la Maison Barkry, si elle peut s'en charger. Ils achèteront le vin et tous les autres objets, en France, comme ils le voudront. Ils les chargeront à Marseille sur les bâtiments tunisiens. On conviendrait du prix qui leur serait paye pour chacun des objets ci-dessus mentionnes, des qu'ils seraient arrives à Alexandrie. Au départ de chaque bâtiment de Marseille, il sera paye le tiers de la valeur du chargement. Ils achèteront à Alexandrie le riz, le café au prix qu'ils pourront et le revendront de même à Marseille. Ils seront toutefois obliges d'opérer leur retour en France.

Tous les risques, accidents, etc., seront à leur compte. S'ils se chargent de cette expédition vous leur demanderez s'ils ont des bâtiments de leur Nation à Marseille et combien de temps il leur faudra pour en faire venir.» Napoléon Bonaparte, Premier Consul, Paris, le 22 et le 23 décembre 1800 (an VIII de la République), au citoyen Talleyrand, Ministre des Relations extérieures. Source : Correspondance (Histoire de l'Empire).

Les Bacri jouaient aussi le rôle de représentants de la gande nation, jouissant de la confiance du Premier Consul pour services rendus à la République. Témoins, cette lettre du 9 mars 1801 et cette note du 7 juillet 1802 de Bonaparte à Talleyrand :
«Je désire, Citoyen Ministre, que vous fassiez venir les juifs Busnach et Bakry pour qu'ils expédient un courrier extraordinaire à Alger [...] je désire qu'il [le Dey d'Alger] se décide promptement à tenir une conduite qui l'honore à mes yeux et puisse me convaincre qu'il est mon ami.» Lettre du 18 Ventôse an IX (9 mars 1801) au citoyen Talleyrand, ministre des Relations extérieures.

«Écrire au citoyen Dubois-Thainville à Alger, par courrier extraordinaire, de Toulon, en réponse à ses lettres des 21, 27, 28 prairial. Que l'intention du Premier Consul est qu'il demande impérieusement la tête du reis qui a bâtonné un capitaine français dans la rade d'Alger; [...] Écrire au citoyen Dubois-Thainville qu'il ait à demander impérieusement la liberté des esclaves français; qu'on ne doit craindre aucune rupture avec le Dey, et qu'il faut lui parler avec la fierté convenable [...] Envoyer chercher les Bakry; leur dire que le Premier Consul est très-mécontent; que, si le reis qui a osé maltraiter un Français n'est pas puni de peine capitale, le Premier Consul saura bien le venger. Les avertir d'expédier un courrier de leur côté.» Note du 7 juillet 1802 pour le ministre des Relations extérieures. Ce ne fut pas inutile, car tout s'arrangea pour un temps et le reis eu la vie sauve.

Intervention de Bacri pour prévenir une guerre avec la Turquie
À propos d'une lettre avertissant la Sublime Porte de l'intention du Premier Consul d'obtenir réparation du Dey d'Alger sous menace de débarquement de «80 000 hommes» : «Je désire qu'il [l'ambassadeur ottoman à Paris] l'envoie à Constantinople par un courrier, et à Alger; ou, s'il ne le veut pas, qu'il fasse venir Bakry, qu'il la lui remette, afin que celui-ci la fasse passer à Alger par un courrier extraordinaire.» N. Bonaparte, Premier Consul, au citoyen Talleyrand, ministre des Relations extérieures, 29 juillet 1802. Source : Correspondance (Histoire de l'Empire).


Chargés de mission de la République française
Jean-Baptiste-Michel Guyot de Kercy, Consul général et Délégué du Gouvernement français à Livourne (Grand Duché de Toscane) du 14 ventôse an V au 29 germinal an X, avait été auparavant Consul général de France à Alger. Bonaparte réclama ses mémoires à Talleyrand le 8 décembre 1802, l'Algérie étant alors un État vassal de la Porte dont le Directoire voulait préserver l'alliance. Autant d'illustrations du triangle Paris-Alger-Livourne où évoluaient les Cohen-Bacri (Bakry sous la plume du secrétaire de Bonaparte), triangle commercial, certes, mais aussi politique.

On sait que Jacob Coen Bacri a été Consul général de Toscane à Alger, mais si, officiellement, aucun Bacri n'a été Consul général de la République française à Alger, c'est bien à eux que Bonaparte avait recours pour les missions d'État délicates. C'est ainsi que le Premier Consul, dans sa note à Talleyrand du 7 juillet 1802, estima nécessaire de doubler la mission conférée à Charles-François Dubois-Thainville (Consul général à Alger de mai 1800 à juin 1809) par une même mission confiée aux Bacri, ainsi discrètement chargés de mission diplomatique. Il faut bien dire ici que ces missions eurent du succès et que la paix fut préservée tant avec la Régence (pour 28 ans) qu'avec la Porte.

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Chargés de mission des États Unis d'Amérique sous George Washington.


Frégate américaine de trente-six canons prise
par des pirates barbaresques devant Tripoli

La paix négociée : «In September, 1795, a treaty of peace with Algiers was finally concluded, after negotiations had been facilitated by a contingent fee of $18,000 paid to "Bacri the Jew, who has as much art in this sort of management as any man we ever knew," the American agents reported. It was a keen bargain, as Bacri had to propitiate court officials at his own risk, and had to look for both reimbursement and personal profit, too, out of the lump sum he was to receive in event of his success.»
Source : Henry Jones Ford, Washington and His Colleagues : a Chronicle of the rise and fall of Federalism, New Haven, Yale University Press, 1918. Project Guttenberg e-book.

George Washington s'en félicita dans son 7e discours sur l'état de l'Union en décembre 1795 et ratifia le traité avec l'accord du Sénat en mars 1796. Le Dey d'Alger ne voulait pas la paix, car il était poussé à attaquer le commerce maritime américain par les Anglais (pleins de ressentiment contre leurs anciennes colonies ou désireux que les USA renoncent à commercer avec la République française) et par ses corsaires eux-mêmes qui, désoeuvrés, auraient bien pu l'assassiner. On comprend les risques encourus par ce Bacri et le défi qu'il contribua à surmonter.

On trouve référence à : «Bacri, Micaiah Coer, 10:633» et «Bacri, Salamon Coer, 10:633» [pour Michel Cohen Bacri et Salomon Cohen Bacri] dans les papiers de George Washington, entre septembre 1788 et janvier 1793. Source : The Papers of George Washington, Indexes, Presidential Series, Volumes 1-1.

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Même révisionnisme que dans l'abrogation du décret Crémieux de 1870.
Opposé au retour de l'Île d'Elbe, le prince de Bénévent,
fait prince par celui contre lequel il se retourna,
dans l'Adresse aux armées du 2 avril 1814,
Talleyrand, co-signataire, a osé parler
de Napoléon en ces termes.

«Souverains possédant des agents dans toute la Méditerrannée et auprès des principales cours d'Europe, ... les Bacri (et les Busnach) avaient été les Rois d'Alger pendant quinze ans ... Jacob Bacri avait représenté la maison à Paris sous la République et l'Empire. Invité à dîner chez Bonaparte, familier de Talleyrand qui restait ministre de la Restauration.»

Jules Roy, Les Chevaux du soleil, tome I, Grasset. Citépar Roland Bacri, dans Les Rois d'Alger, Grasset, 1988.

«Pendant son premier ministère, Talleyrand était entré en relation avec les deux beaux-frères Joseph Coen-Bacri et Busnach, chefs de la communauté israëlite d'Alger, les plus puissants marchants de grains de la Régence. Il avait signé, le 21 Juin 1798, deux ordres de payer à Joseph Coen-Bacri la somme de 250 000 Piastres, qui avait été prétée par le Dey d'Alger à la République Française. Mais les deux beaux-frères avaient de la peine à toucher l'argent des fournitures faites par eux à la France, car leurs créances paraissaient fortement majorées. Talleyrand pris l'affaire sous sa protection; le 24 août 1800, il écrivit à son collègue le ministre des finances Gaudin: "L'état de nos rapports actuels avec la Régence exige qu'on montre aux Juifs la meilleure bonne volonté possible." Sur la somme demandée de 7 942 992 Francs, Bacri et Busnach touchèrent un accompte de 3 175 631 Francs. Aussi Joseph Bacri était-il en droit d'écrire : "Si le Bossu [Talleyrand] n'était pas dans ma main, je ne compterais sur rien." N'est-il pas curieux de rencontrer en 1800 le nom de Talleyrand mêlé d'une manière suspecte, ou plutôt d'une manière non équivoque, à cette affaire des créances Bacri et Busnach qui devait amener, 30 ans plus tard l'expédition d'Alger?» Georges Lacour-Gayet, TALLEYRAND, Tome 2, Éditions Payot. Cette citation est une contribution de Jean-Louis Cohen-Bacrie. Talleyrand s'opposera à l'expédition d'Alger de 1830 ; les Bacri ne devant pas lui être beaucoup plus favorables, sauf la liberté, l'égalité et la fin des brimades réservées aux Dhimmis.


Bonaparte, en Égypte, appose sa signature
au monastère Ste-Catherine du Sinaï en 1799.

Raison d'État : «Un négociant d'Alger, Bacri, a montré la plus grande complaisance et ses avances de fonds ont permis de vivre tant bien que mal». Maurice Herbette, Une ambassade turque sous le Directoire, Paris, 1902, p. 258, Gallica. Il s'agit de Esséid Ali Effendi, ambassadeur du Sultan ottoman Sélim III à Paris, placé dans une position extrêmement délicate en 1800, car la Porte lui avait coupé les vivres. Il faut savoir que la France révolutionnaire désirait que les Puissances étrangères la reconnaissent en y envoyant des ambassadeurs permanents, ce que la Turquie avait, jusqu'en 1797, omis de faire. Talleyrand écrit au Premier Consul (Bonaparte) : «La Porte ottomane, en déclarant la guerre à la France [en 1798, suite à l'expédition d'Égypte ; la paix sera finalement signée en 1802], a par ce fait suspendu elle-même les fonctions de son ambassadeur, mais le Gouvernement est bien aise de se conduire envers l'envoyé de cette puissance plutôt par les règles de convenance». «Or Bacri lui-même est quasi ruiné ; le Gouvernement français ne lui a pas remboursé les sommes considérables qu'il lui doit et l'Algérien [...] ne peut subvenir davantage aux besoins de l'ambassade ottomane.», écrit le citoyen Marie-Louis-Henri Descorches, ci-devant Marquis de Sainte-Croix, ambassadeur (plus tard fait baron par Napoléon), au Premier Consul le 6 Floréal an VIII, 26 avril 1800, poursuivant : «Si le Premier Consul, par égard pour lui, donnait l'ordre au ministre de la Guerre Carnot de régler la maison Bacri, on lui rendrait service.» Qui était ce «lui»? Bacri, Bonaparte, Esséid Ali ouTalleyrand? Espérant la signature de la paix avec la Sublime Porte (ce qui se produira effectivement deux ans plus tard, mais avec un autre ambassadeur : Esséid Mohamed Said Ghalib Effendi, Ésséid Ali Effendi étant jugé trop pro-français), la raison d'État exigeait, en 1800, que l'on démontrât des égards extraordinaires à l'ambassadeur ottoman dont l'orgueil le rendait sensible à un tel traitement, si bien que les intérêts de ces 4 personnes se confondaient avec ceux de la République.

«Nous irons voir dans la Turquie
Le disciple de Mahomet.
Il faut qui soit pour la patrie;
Nous lui dirons notre secret.
S'il prête son serment civique
Et qu'il abjure à l'Alcoran
Nous lui donnerons pour turban
Le bonnet de la République».
Chanson patriotique composée à Tournus

On voit ici éclairée sous un jour nouveau l'intervention de Talleyrand en faveur des Bacri : ceux-ci continuaient à rendre d'éminents services à la grande nation dont ils partageaient les idéaux, aidant à nouveau ce même Bonaparte qui exportait les droits de l'homme (c'est si vrai que, si la Turquie désire aujourd'hui faire partie de l'Europe, c'est parce que ces mêmes idéaux lui furent inculqués, en partie grâce à l'expédition d'Égypte, facilitée par le blé fourni par les Bacri, au cours de laquelle Bonaparte lança le premier journal dans cette région).


L'hôtel Monaco, rue Saint-Dominique, à Paris, abritait auparavant le Ministère de l'Intérieur du Directoire.
Il fut exceptionnellement mis à la disposition d'Esséid Ali, premier représentant permanent en France (1797-1802) du Sultan,
«souverain de deux continents et de deux mers, Empereur dont la pompe égale celle de Darius et la domination celle d'Alexandre».
Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, ex-évêque d'Autun et futur Prince de Bénévent, remplaça Delacroix comme ministre des Relations extérieures en 1797.

Talleyrand se procura bien plus tard cet hôtel de Monaco qu'il agrandit et habita avec la duchesse de Dino, sa célèbre et dernière compagne.

On sait aussi que le blé (algérien) livré par les Bacri avait sauvé le Sud de la France de la famine pendant la Révolution, d'où l'accueil chaleureux réservé à l'ambassadeur ottoman lors de son passage à Aix, les salves de canon et les défilés militaires se succédant, à son arrivée en France . Le citoyen Legrand, président de l'Administration municipale s'exprima en ces termes : «Le plus grand potentat de l'Asie, dans des moments de détresse, ouvrit des greniers d'abondance au peuple français».
Source : Maurice Herbette, Une ambassade turque sous le Directoire, Paris, 1902, p. 58, Gallica. Et Legrand d'ajouter, à l'attention de l'ambassadeur : «Il est bien consolant, il est bien honorable pour des magistrats d'une grande nation d'acquitter pour elle, dans la personne de Votre Excellence, une dette qui pesait à son coeur».


Mme Tallien (par Gérard), que Esséid Ali, voulant la complimenter, traita de «beauté publique» ;
ce mot moliéresque défrayant la chronique parisienne, en cette époque de turcomanie, sous le Directoire,
et rappelant la cérémonie turque du Bourgeois gentilhomme (sur l'envoyé de la Porte en 1669, dit Mamamouchi).
Source : Maurice Herbette, Une ambassade turque sous le Directoire, Paris, 1902, p. 158.

Le lien qui lie les Bacri à la 1ère République, et particulièrement à Talleyrand et à Bonaparte, alors Premier Consul, est indéniable. Ainsi, lorsque le Banel, navire français de 64 canons qui transportait des troupes de Toulon vers l'Amérique, fit naufrage le 25 janvier 1802 sur la côte d'Afrique du Nord, «des bateaux affrétés par Bacri ( négociant juif ) les ont rapatriés en France.» Source : Amis du patrimoine. Sur 201 marins, 539 soldats et 9 femmes, plusieurs périrent noyés ou furent capturés par des tribus locales : 53 marins, 215 militaires et 3 femmes - l'une d'elles devint une sainte de l'islam sous le nom d'Ima B'net. Le Premier Consul s'en préoccupa personnellement, écrivant le 4 juin 1802 au contre-amiral Decrès: «je désirerais qu'ils [des vaisseaux armés en guerre] se présentassent devant Alger, qu'ils demandassent s'il y a encore des Français échappés au naufrage du Banel». Source : Correspondance (Histoire de l'Empire).

On retrouvera indirectement le lien entre les Bacri et les Bonaparte, alors que pendant la visite à Alger de Napoléon III, le 18 septembre 1860, «c'est la fille de Bacri, célèbre en 1830 pour sa beauté et devenue madame Aziza Foa, qui sert d'interprète.»
Sources : Cagayous , Musée national des arts et traditions populaires. Aziza Fao (sic) posséda en 1874 la villa devenue musée du Bardo, à Alger. Source : Musée national du Bardo.
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Salomon Cohen Bacri, "un juif d'origine algéroise", à la même époque (cf. note 38),
collaborait avec Bonaparte à Livourne, selon l'historien Jean-Pierre Filippini :


Bonaparte au pont d'Arcole (détail). Il séjourna à Livourne du 27 au 29 juin 1796.
Sauf de bien rares exceptions, tous ceux qu' il avait comblés furent ingrats.
Tous ceux qui ne songèrent jamais à rien lui demander
lui tinrent compte de la grandeur de la France.
George Sand, Histoire de ma vie.

LA LIBERTÉ EN ITALIE

Les Livournais face à l'armée fançaise (1796-1797)
Professeur Jean-Pierre FILIPPINI Université de Mulhouse

«Salomon Cohen Bacri fait partie du groupe des négociants juifs, qui ont prêté leur concours aux Français. Le chroniqueur Santoni, qui hait autant les juifs que les jacobins, cite, outre les Cohen Bacri, les maisons de commerce Recanati, Franchetti, Levì l'Aîné et Del Valle (40). Il y a tout lieu de penser que, comme leurs autres collègues livournais, les négociants juifs ont été sensibles aux avantages qu'ils pouvaient tirer des affaires avec l'armée d'occupation.
Mais il est plus que probable qu'ils l'ont fait également parce qu'ils éprouvent une profonde sympathie pour les soldats de la Grande Nation. Et il n'est pas du tout déplacé de considérer que ces négociants juifs, tout comme, à un niveau plus humble, les porteurs juifs, auxquels les Français recourent également (41), appartiennent à la deuxième catégorie des partisans des Français, la sympathie pour les idéaux révolutionnaires l'emportant très largement sur l'esprit de lucre. En effet, à Livourne et en Toscane, en dépit des Lumières, l'émancipation des juifs demeure impossible dans le cadre des structures d'Ancien Régime (42). Aussi, est-il tout naturel que ces derniers aient éprouvé de la sympathie pour la France révolutionnaire, qui a accordé à leurs coreligionnaires, en septembre 1791, l'égalité avec les autres citoyens français.»
 

Bibliographie:

Filippini (J.P.), Il porto di Livorno e la Toscana (1676-1814), à paraître.
Zobi (A.), Storia civile della Toscana, Florence, 1851, T. III, pp. 178-184 ;
Michel (E.), «Napoleone a Livorno (27-29 giugno 1796)», Liburni civitas, a. IX, fasc. I, 1936, pp. 14-15 ;
Godechot (J.), Les commissaires aux armées sous le Directoire, Paris, 1937, T.I., p. 469 et suiv. ;
Mangio (C.), Politica toscana e rivoluzione, Momenti di storia livornese, 1790-1801, Pise, 1974, pp. 119-121.

Voir aussi : J. P. Filippini, Una famiglia ebrea di Livorno tra ambizioni mercantili e vicissitudini del mondo mediterraneo: i Coen Bacri, p. 287, in Ricerche storiche, a. XII, 1982, 2-3, quadrimestrale, Napoli, Centro Piombinese di studi storici.

Moïse Coen Bacri, né à Alger en 1784, négociant, fut Maître Parfait (5e grade du Rite Écossais Ancien Accepté) de la Loge Napoléon à Livourne en 1812, aux côtés d'Abraham Busnach, né à Alger le 20/3/1788. Source : Lucien Sabah, La franc-maçonnerie et l'antisémitisme, article paru dans la Revue des études juives, janvier 1996, 155, fasc. 1-2). La REJ (136, 1977) a aussi publié un article de F. Hildesheimer initulé : Décadence de la Maison Bacri à Marseille, couvrant l'époque de 1795 à 1846.

2ème bataille de Montebello en 1859. Lannes gagna la 1ère en 1800 et fut fait Duc de Montebello.
Furia francese
Carica di Cavalleria a Montebello, par Giovanni Fattori
Museo della villa Mimbelli a Livorno


Sur la gloire de Bonaparte à cette époque en Italie, voir la Chartreuse de Parme de Stendhal.

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La liberté de navigation était mise en péril par les pirates barbaresques de la côte algérienne.

Liberté des mers
Illustration en-tête du papier à lettre de Talleyrand
le 17 Floréal, an 7 de la République française
source: collection de Pierre Combaluzier

«Tu céderas, ou tu tomberas sous ce vainqueur, Alger, riche des dépouilles de la chrétienté. Tu disais dans ton coeur avare: Je tiens la mer sous mes lois, et les nations sont ma proie. La légèreté de tes vaisseaux te donnait de la confiance; mais tu te verras attaqué dans tes murailles, comme un oiseau ravissant qu'on irait chercher parmi ses rochers et dans son nid.»

Bossuet, Oraison funèbre de Marie-Thérèse d'Autriche. Cité dans La Bacriade ou la guerre d'Alger, poème héroi-comique en cinq chants, par Barthélémy et Méry, Paris, Ambroise Dupont et Cie, libraires, éditeurs de l'histoire de Napoléon par M. de Norvins, 1827.

 
 
État civil algérien
Centre des Archives d'Outre-mer
Chemin du Moulin de Testa 
Les Fenouillières 
13090 Aix en Provence
Registri delle Nascite
Records of Births of the 
Hebrew Nation from 1668 to 1740 
and other records of birth names 
and dates up to 1860


Communauté juive de Livourne

Archives en Portugais (langue 
officielle d'époque, avec l'Espagnol).
Central Archives for the History 
of the Jewish Communities
Sprinzak Building (basement)
Givat Ram Campus
Hebrew University
Jerusalem
Documents en micro-films.

Généalogie partielle :
Grands ancêtres : Samuel Cohen-Bacri et son fils David Cohen-Bacri, né à Livourne et décédé à Bejaiah (Bougie) au 16e siècle.

Ce que Roland Bacri appelle :
«une histoire impayable» :

Dans le constantinois :
 

Michel Cohen-Bacri (1715-1792) commerçant et banquier, mourut au Caire à 77 ans après s'être établi à Livourne puis à Alger en 1770. Était-il mon arrière-arrière-arrière-arrière grand-père? C'est possible, mais encore à vérifier.
Arbre des descendants de Michel

Présentation à Bonaparte. Paris, 26 janvier 1801 : «Bakry et Busnach, négociants algériens, demandent le payement de ce qui leur est dû, suivant la promesse qui leur en a été faite.» Décision du Premier Consul : «Renvoyé au ministre des relations extérieures [Talleyrand] pour me présenter ce juif dans mon appartement». Source : Correspondance (Histoire de l'Empire). Fils de David Cohen-Bacri (né vers 1791, naturalisé français en 1816 à Alger, lui-même fils d'Abraham et petit-fils de Michel) :
Abraham Cohen-Bacri (1820-1860), épouse à Alger en 1848 Bellara Smadja, meurt à 40 ans. Eut au moins trois enfants, dont : David.
 

Enfants de Michel :
Joseph Cohen-Bacri (1740-1817)
Négociant à Alger, épousa la fille de Naphtali Busnach/Boudjenah. Se retira à Livourne. Son fils, David Cohen-Bacri fut décapité à Alger en 1811.
Aziza Cohen-Bacri, épouse Foa, qui servit d'interprète à Napoléon III et à l'impératrice Eugénie.
Salomon Cohen-Bacri. Le correspondant de la maison à Livourne.
Mardochée Cohen-Bacri.
Abraham Cohen-Bacri, épousa Sultana Smatja. eut 5 enfants : David, Moïse, Kamira, Mardokai et Sadia.

Michel Bacri : Pétition des héritiers Bacri [auprès du Sénat français afin d'obtenir la restitution des 319 000 piastres versées au dey d'Alger par le gouvernement espagnol le 15 janvier 1827, au titre de dettes envers les frères Bacri, banquiers [Texte imprimé] / Signé : Michel Bacri, pour les héritiers Bacri.

- Suivi de :] Commission d'Afrique. Réclamations relatives aux dettes de l'ancienne Régence d'Alger. [Signé : duc Decazes, président de la Commission d'Afrique ; baron Mounier, rapporteur. Paris, 27 mai 1834.], Paris, impr. J. Claye, 1856, 24 p., BNF.
David Cohen-Bacri (1852 Blida - 1935 Paris), marié le 5 mars 1879 à Constantine avec Julie Zarmati (sa cousine, fille de Ziza Cohen-Bacri, elle-même fille de Nathan, fils de Jacob, fils de Michel). Ils eurent 8 enfants, dont 6 survécurent : Bellara-Louise, Aziza-Caroline, Nina-Hélène, Alfred-Abraham, Henri-Vidal et Georges-Gustave.  
Autre fils de Michel :
Jacob Cohen-Bacri (1763-1836)
Le correspondant de la maison à Marseille (frère de Joseph). Fut probablement reçu par Bonaparte. Revint à Alger dans les années précédant 1830.
Lettre du sieur Bacri au ministre des Finances pour demander la restitution par le Gouvernement français de 319,000 piastres versées au Trésor du Dey d'Alger, Marseille, impr. de Senès, 1858, in-fol. 4 p., BNF. Élie Cohen-Bacrie (1847-1943), mon grand-père, habitait Constantine où il a épousé Rachel Costa (de Livourne). Il avait un frère qui s'appelait David (mais ce n'est pas le même que ci-dessus). Il s'agirait alors d'une autre branche de la famille. À découvrir.  
Enfants de Jacob, dont :
Nathan Cohen-Bacri
Jonas Bacri ou Cohen-Bacri (1791-1869)
Jopeph Cohen-Bacri
Busnah, Michel, A Monsieur Labbey de Pompières, député de l'Aisne, Paris, 4 juillet 1828. Au sujet des fournitures faites à l'État par la maison Bacri et Busnach, 2 p., BNF.

Enfants d'Élie :
Émile Cohen-Bacrie (1891-1915)
Gustave Cohen-Bacrie (1893-1974)
Gabriel Cohen-Bacrie
Blanche Cohen-Bacrie
Raoul Cohen-Bacrie
Lucien Joseph Cohen-Bacrie (1907-1956), mon père
Henri Cohen-Bacrie

 
Samuel Bacri ou Cohen-Bacri (1845-1907) Fils de Jonas.
Ziza Cohen-Bacri (fille de Nathan), née en 1824, épouse Saül Zarmati à Alger en 1841.
Parmi les cousins : Roland Roro Bacri (le petit poète du Canard Enchaîné, fils de Charles Charlot Bacri, fils d'Isaac, fils de Samuel, fils de Jonas, fils de Jacob, fils de Michel Cohen-Bacri).

Enfants de Lucien Joseph :
Danielle Cohen-Bacrie
Geneviève Cohen-Bacrie
Pierre Cohen-Bacrie
Claude Cohen-Bacrie

 
Isaac Cohen-Bacri ou Bacri (fils de Samuel) Myriam Sabbah, auteure de l'arbre généalogique, fille de Julie Lucienne Zarmati. Julie Lucienne est la fille de Saül Paul Zarmati et de Nina Hélène Cohen-Bacri. Cousins germains : de Gustave : René Cohen-Bacrie, Suzy Zerbib et Andrée Aymé ; de Gabriel : Nicole Farau, Robert Bacrie ; de Raoul : Paul Cohen-Bacrie, Michèle ; d'Henri : Jean-Louis Cohen-Bacrie,  

Notes:
* : Il y a eu trois cimetières hébraïques à Livourne : "Alle tre Sinagoghe corrispondono i numerosi cimiteri che accolsero, nell' arco quasi di quattro secoli, i defunti di questa comunità. Il primo, risalente al 1648, era situato sulla spiaggia detta dei Mulinacci, nell' area attualmente occupata dal Cantiere Orlando. Un secondo ricordato come 'Vecchio Cimitero degli Ebrei" era un semplice terreno incolto e privo di recinzione esterno alle mura, di fronte alla Fortezza Nuova. Il primo vero Camposanto, chiamato Cimitero Nuovo fu invece edificato nel 1738 e occupava un'area molto più vasta compresa tra via Garibaldi, via Galilei e via Zola, dove attualmente sorge il complesso delli Istituto Tecnico Industriale. In seguito all'ingrandimento della città si rese necessario un nuovo cimitero lontano dalle abitazioni che fu edificato fuori della Barriera Garibaldi e con ingresso sulla via del Corallo. Dal 1898 il cimitero ebraico è ubicato vicino a quello comunale dei Lupi e accoglie le tombe delle famiglie più illustri di questa comunità", I luoghi della memoria. Quant à l'un des vieux cimetières israëlites : "Assurdi atti di vandalismo hanno recentemente causato gravi danni a circa settanta tombe, peraltro già profanate nel 1971." Vecchio Cimitero delli Ebrai.

** : Ferdinand Ier de Médicis (1587-1609) eut le mérite de continuer, par sa Livornina en 1593, l'oeuvre d'ouverture et de tolérance de Cosme Ier de Médicis (1537-1574) : "Ferdinand I’s charter offered the Jews religious freedom, amnesty from previous crimes, full Tuscan citizenship and special courts with civil and criminal jurisdictions. Safe passage of goods and persons was guaranteed to all Jews who moved to Livorno. Jews could own houses, inherit property, carry arms at any hour, open shops in all parts of the city, have Christian servants and nursemaids, study at the university, work as doctors and did not have to wear the Jewish badge. Finally, unlike many other cities in Tuscany, Jews did not have to live in a ghetto." Rebecca Weiner (autre site).

*** : "Certains [Livournais] étaient arrivés à gagner la confiance du souverain et jouaient un rôle politique réel, tels ces Bakri et autres Bouchnaq de l'entourage de Hussein Dey". Source : la population d'Alger au 19e siècle.

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La Patrie d'élection :
celle de la liberté, de l'égalité et des droits humains

Au coup de sifflet, en avant... et peu revenaient
Tranchée - Mars 1915 - Les Éparges.

Morts pour la France :
Émile Cohen-Bacrie (mon oncle), à 24 ans, engagé volontaire pendant la première guerre mondiale [né le 10/10/1891 à Constantine, soldat au 58ième Rgt d'infanterie, +17/10/1915 Souain, 51600]. Source : Monument aux morts de Constantine. En août 1914, le 58e RI (dirigé par le colonel Jaguin), basé à Avignon, appartenait à la 59e brigade, 30e division, 15e corps, 2e armée (dirigée en 1914 par le général de Castelnau).

Le pantalon rouge constituait une cible facile à repérerOn pensa un an plus tard à  une tenue plus discrèteAprès un baptème du feu qui le décima (102 morts, 280 blessés et 587 disparus) dès août 1914, dans un engagement «inutile» au village de Lagarde ordonné par le général Lescot, le 58e RI plia et put se replier ; le commandant Cornillat, chef de bataillon, et le sergent Piquet, tous deux du 58e RI, étant proposés à la légion d'honneur. Le commandant Cornillat faisait partie des tués, pas moins de 35 officiers du 58e RI étant tués, ou «disparus». Le pantalon rouge, très visible, et la capote bleu foncé, du côté français ; le camouflage gris-vert, du côté prussien. L'uniforme français fut finalement changé en 1915 pour une couleur gris-bleu.

Puis, engagées à l'Est, en Lorraine, dans la trouée de Charmes, la 1e et la 2e armées furent citées à l'ordre du jour des armées pour leur «tenacité et courage» par le général en chef (27 septembre 1914). Le 15e corps d'armée fut ensuite prélevé pour rejoindre la 3e armée. Un aperçu de l'horreur de la guerre de tranchées
nous a été transmis par des lettres de soldats.

En août 1915, la 30e division fit partie du 38e corps de la 5e armée, le 24 septembre elle fit partie de nouveau du 15e corps toujours à la 5e armée, puis rattaché le 2 octobre à la 4e armée. On retrouve la 30e division le 8 octobre 1915 dans le 6e corps de la 4e armée qui remonte en première ligne pour participer à l'offensive de Champagne (deuxième bataille de Champagne, septembre-octobre 1915). Sources : Historique du 58e Régiment d'infanterie et les carnets de guerre d'un soldat du 58e RI.

Dérisoire barricade de charettes contre des obus d'une puissance inouïe
Village de Souain (détruit, reconstruit, puis devenu Souain-Perthes-les-Hurlus) avant les bombardements, en 1914;
barricade sur la route de Sommepy ; autres noms locaux : Somme Suippe, Somme Tourbe, Main de Massiges, Tahure ;
pertes de l'offensive de Champagne de 1915 : plus de 140 000 français et autant d'allemands
;
le 336e RI ne bougea pas lors d'un ordre d'attaque : peloton d'exécution pour 4 caporaux ;
des mines creusaient des entonnoirs de 40 m de diamètre sur 20 m de profondeur ;
Souain vient de Somme Ain (source de l'Ain) et est situé à 40 km de Reims.


Guillaume Appolinaire fit partie de cette offensive et écrivit ces lignes : «Depuis dix jours au fond d'un couloir trop étroit, Dans les éboulements et la boue et le froid, Parmi la chair qui souffre et dans la pourriture [...] Cette nuit est si belle où la balle roucoule, Tout un fleuve d'obus sur nos têtes s'écoule, Parfois une fusée illumine la nuit [...] La Terre se lamente...», Le poète, novembre-décembre 1915.

Émile Cohen-Bacrie a été «tué à l'ennemi» le 17 octobre 1915, dans la région de Souain 51600 Marne. Il fait partie de 1,3 million de militaires français décédés pendant la Grande Guerre à qui il a été attribué la mention : «Morts pour la France». Devant ces morts pour la Patrie, morts pour notre liberté, comment ne ressentirions-nous pas ce qu'un poète a appelé «la pudeur d'être vivants»?

Samuel Sauveur Bacri, né le 18 décembre 1888 à Blida, incorporé au 1er régiment de zouaves de marche a été tué à l'ennemi le 27 octobre 1914 à Saint-Laurent dans le Pas-de-Calais. Source : Mémoire des hommes, intiative du Ministère de la Défense, République française. Merci à Gérard Toubiana, petit-neveu de Sauveur Bacri, pour la copie numérisée du document avec la mention «Mort pour la France».

Morts en déportation :
André Cohen-Bacrie ou Cohen-Bacri, né le 1er décembre 1904 à Constantine, médecin (Arzt), domicilié aux Pervenches, St-Louis, Marseille, s'est trouvé à 40 ans dans un convoi, parti de Drancy, qui se dirigea vers les Pays Baltes (Kaunas et Reval, en Lithuanie et Estonie). Il ne revint pas.
Source : Convoi 73, du 15 mai 1944 ; Mémorial de la Shoah. Il y eut un appel effectué en vain auprès de la Croix Rouge Internationale (microfilm 11-1006, période du 26-08-1942 au 13-11-1947), sous le numéro de dossier 226.17 des Cas particuliers de toutes nationalités au nom de Cohen Bacrie André, période visée : du 18-12-1946 au 18-12-1946. Source : CICR.

Huit
Bacri et huit Bacry ont été déportés par Drancy, dont le père et le fils Abraham et William Bacri d'Alger, domicilés 7 rue Molière à Marseille. (source : Mémorial de la Shoah), dont Bacry, André, né en 1936 à Paris, déporté dans le transport 77 parti de Drancy vers Auschwitz le 31 juillet 1944 (source : Yad Vashem) ; André, 8 ans, faisait partie, avec Claude Bacri, 13 ans, des jeunes élèves de l'école Lucien de Hirsh arrêtés un mois avant la libération de Paris, déportés et exterminés à Auschwitz-Birkenau.

Georges Gustave Cohen Bacri a été déporté à Drancy le 17 juillet 1944 (source : Mémorial de la Shoah) et de Drancy le 31 juillet 1944, à l'âge de 47 ans (source : généalogie). Il y eut aussi Chaloum Cohen Bacri (de Cherchel), qui fut déporté par Drancy vers Auschwitz par le convoi 68 du 10 février 1944, portant le compte du macabre prélèvement de la Shoah à dix-neuf.

Voici des correctifs apportés par l'Administration française, faisant la distinction entre la déportation de Drancy (France) et la mort à Auschwitz (Pologne) :

Bacri (Lise, Joséphine), née le 15 février 1926 à Paris (17e) (Seine), décédée le 15 février 1944 à Auschwitz (Pologne) et non le 10 février 1944 à Drancy (Seine).
Bacri (Nicole), née le 22 avril 1930 à Paris (17e) (Seine), décédée le 15 février 1944 à Auschwitz (Pologne) et non le 10 février 1944 à Drancy (Seine).
Bacry (Amram), né le 20 septembre 1891 à Alger (Algérie), décédé le 5 juillet 1944 à Auschwitz (Pologne) et non le 30 juin 1944 à Drancy (Seine).
Bacry (André, Roland), né le 21 septembre 1936 à Paris (18e) (Seine), décédé le 5 août 1944 à Auschwitz (Pologne) et non le 31 juillet 1944 à Drancy (Seine).
Bacry (Berthe), née le 5 septembre 1900 à Alger (Algérie), décédée le 25 septembre 1942 à Auschwitz (Pologne) et non le 20 septembre 1942 à Drancy (Seine).
Bacry (Claude), né le 14 juin 1931 à Paris (18e) (Seine), décédé le 5 août 1944 à Auschwitz (Pologne) et non le 31 juillet 1944 à Drancy (Seine).
Bacry (Marie-Jeanne), née le 25 août 1932 à Paris (18e) (Seine), décédée le 5 août 1944 à Auschwitz (Pologne) et non le 31 juillet 1944 à Drancy (Seine).
Bacry (Sylvain, Ichoua), né le 19 février 1924 à Alger (Algérie), décédé le 5 juillet 1944 à Auschwitz (Pologne) et non le 30 juin 1944 à Drancy (Seine).

Source : Journal officiel du 12 mars 2005 : Arrêté du 26 juin 2004 portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès.

Le régime de Vichy, dans le cadre de ses lois antisémites, avait annulé le Décret Crémieux de 1870 et ôté la citoyenneté française aux juifs en Algérie. «Dans le domaine de l'éducation, les membres juifs du corps enseignant sont exclus comme les autres fonctionnaires juifs. La mesure est effective en Algérie le 19 décembre 1940, 465 professeurs et instituteurs sont ainsi révoqués». Source : Histoire des Juifs d'Algérie, Éditions du Scribe.

Le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord de novembre 1942 fut providentiel, mais il laissa encore en place les autorités de Vichy, représentées par l'amiral Darlan, pendant plus de neuf mois. Ce n'est qu'en août 1943 que plusieurs membres de la famille Cohen-Bacrie réintégrèrent l'enseignement public en Algérie ainsi que la nationalité française, lors de l'abrogation de toutes les lois antisémites de Vichy par le général De Gaulle.

En juin 1962, une grande partie de la famille, toute celle qui n'y était pas déjà, fut rapatriée en France, qui malgré tout, représente, peut-être comme toute démocratie, la Patrie d'élection : celle de la liberté, de l'égalité et des droits humains.

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modifié le 11 novembre 2013

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